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La chronique mouvementée du «Matin» s'est alourdie d'une nouvelle page dramatique, mardi. Au lendemain d'un conseil d'administration où le principal actionnaire du quotidien, le groupe italien Poligrafici Editoriale, a fait part de son intention de se retirer de la SA Le Matin (lire notre précédente édition), on a appris que ce même actionnaire détenteur de 40 pc du capital à travers Presse Alliance, société éditrice de «France Soir» s'apprêtait à proposer la liquidation du quotidien progressiste.

La demande de mise en liquidation sera, plus que probablement, exprimée lors d'un conseil d'administration prévu le 22 février. La liquidation devra être actée par une assemblée générale extraordinaire, dont la tenue aurait lieu dans les quinze jours suivant le conseil d'administration.

Poligrafici, qui a acquis «France Soir» en décembre dernier, est confronté à des difficultés plus importantes que prévu. L'héritage laissé par Georges Ghosn, ex-patron du quotidien français, apparaît en effet assez lourd. Ce qui a incité le nouveau propriétaire à axer sa stratégie sur «France Soir» et, par conséquent, à lâcher «Le Matin».

DES SOLUTIONS BELGES?

Pour le dernier-né de la presse francophone belge, et ses 45 membres du personnel (dont 33 journalistes), c'est bien entendu la douche froide. Jean-Pierre Désiron, rédacteur en chef «ad interim», se voulait hier à la fois lucide et prudemment optimiste. «Tant que la liquidation n'aura pas été prononcée, nous continuerons à faire paraître le journal»

Confie-t-il. «Il n'y a pas vingt-cinq solutions», prolonge M.Désiron. L'alternative est la suivante: soit «Le Matin» trouve un partenaire privé prêt à renflouer massivement le quotidien; soit il déniche un partenaire industriel actif dans le secteur de la presse. «Et là, je ne vois que des solutions belges, qu'elles soient flamandes ou francophones. Dans cette hypothèse-là, il faudra de toute façon proposer un nouveau projet éditorial», explique le patron de la rédaction.

D'ici la convocation de l'assemblée générale extraordinaire, la direction et actionnaires du «Matin» (Sodie, SIBL, SIE) tenteront d'activer un certain nombre de pistes. Mais si intérêt il doit y avoir, il est très probable que l'hypothétique «perle rare» attendra la liquidation avant de s'intéresser au titre. Quant au très controversé Georges Ghosn, débarqué lundi soir de son poste d'administrateur délégué, rien ne dit qu'il ne tentera pas un nouveau «coup»

KUBLA: FIN DE L'AVENTURE

Pour la Région wallonne, actionnaire à concurrence de 24,3 pc du «Matin» depuis avril 2000, l'aventure semble bel et bien terminée. Serge Kubla (PRL), ministre wallon de l'Economie: «Mon attitude est sans équivoque: il avait été dit que si on s'écartait du plan d'affaires d'une manière préoccupante, j'avais l'accord du gouvernement de ne pas libérer la dernière tranche de notre intervention financière

(ndlr: deux tranches de 20 millions de francs sous la forme de prêts subordonnés). Aujourd'hui, nous nous trouvons dans une situation plus grave que prévu puisque non seulement le plan d'affaires n'est pas du tout respecté, mais de surcroît le partenaire industriel franco-italien est en passe de s'effacer».

Serge Kubla confirme les informations faisant état d'une vente quotidienne stagnant sous la barre des 6.000 exemplaires «Ce journal n'a jamais décollé. Dès lors que le partenaire industriel se retire, tout le plan devient caduc», assène-t-il, annonçant que la Sogepa représentant la Région wallonne au sein du «Matin» ne s'opposera pas à la mise en liquidation et que la Région ne s'engagera «en aucun cas» dans la recherche aléatoire d'un nouveau partenaire.

Serge Kubla et, avec lui, l'ensemble du gouvernement n'a-t-il pas fait une confiance aveugle au charme redoutable de Georges Ghosn en lui confiant les rênes du quotidien (moyennant une mise de fond, dans le chef de Presse Alliance, limitée à 18 millions de FB) ? «Il ne m'a jamais convaincu C'était une alliance de circonstance et on a vu rapidement qu'il n'était pas en mesure de relancer le titre. Maintenant, on tourne la page», répond-il. La Région wallonne aura injecté 70 millions dans l'aventure.

© La Libre Belgique 2001