Médias/Télé

Depuis quelques heures, j'ai entrepris la lecture du déjà best-seller "Un vrai roman - Mémoires" de Philippe Sollers (Plon), un auteur que j'ai découvert et apprécié grâce au chroniqueur littéraire Brice Depasse. Je lis en page 33 : "Cette lingerie est occupée tous les jeudis par Melle Roche, la couturière. C'est une petite vieille mutique à lunettes. Elle coud." Mutique est un adjectif "didactique" qui fait partie à l'origine du jargon médical (son entrée dans le vocabulaire est récente puisqu'elle est officielle depuis 1970) : qui est atteint de mutisme, mais qui nous est arrivé dans le langage courant avec comme définition cette fois : qui garde volontairement le silence, de son propre mouvement ou par obligation. Le mot vient du latin "mutus", muet. On trouve aussi le mot "mutité" et évidemment le mot "mutisme". Ce dernier est aussi médical dans sa première définition : refus de parler déterminé par des facteurs affectifs, des troubles mentaux (névrose, psychose), en l'absence de lésions des centres nerveux du langage et des organes de la phonation, mais possède aujourd'hui, lui aussi, un sens plus usuel et figuré : état d'une personne, d'un groupe qui ne s'exprime pas, ne peut pas s'exprimer librement. Jean-Paul Sartre écrit dans "Situations" : "Jules Renard a derrière lui des générations de mutisme; sa mère parlait par courtes phrases paysannes, pleines et rares. Son père était un de ces originaux de village, dont fut aussi mon grand-père paternel, qui, déçu par son contrat de mariage, n'adressa pas trois mots à ma grand-mère en quarante-cinq ans."