Ne dites plus politisation, mais particratisation de la RTBF

PAR PIERRE-FRANÇOIS LOVENS Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé

ANALYSE

Chaque parti politique dispose à la RTBF d'un quota de personnel calculé en fonction de son poids politique au sein de la Communauté et peut donc «offrir» des postes à ceux qui se réclament de son obédience». Ce constat, tiré d'un ouvrage que vient de faire paraître le professeur Frédéric Antoine (1), témoigne à suffisance que l'autonomie conférée par le législateur, en 1997, à la RTBF n'a pas subitement sorti celle-ci de la sphère d'influence (s) politique (s).

Scandaleux? L'importance du financement public de notre institut de radio-télévision justifie à lui seul la légitimité du contrôle politique exercé par la Communauté française sur le bon usage des deniers du contribuable. Le problème n'est évidemment pas celui-là. Recitons M.Antoine: «À chaque élection, certaines carrières (ndlr: au sein de la RTBF) progressent plus vite que d'autres en fonction de la carte de parti (ou de l'absence de carte) des intéressés». Nous voilà au coeur de cette RTBF qui, malgré des progrès évidents, peine toujours à privilégier les compétences sur le carriérisme politique.

«Parmi les journalistes, on n'impose plus quelqu'un politiquement, à tout le moins jusqu'au poste de secrétaire de rédaction. C'est après que la politisation se met en branle», confie un membre influent de la rédaction du Journal télévisé. Ce qui ne signifie pas que secrétaires de rédaction, rédacteurs en chef ou directeurs soient tous des incompétents parachutés par les états-majors politiques (ce qui arrive encore!) La «jeune génération» serait même plutôt encline à jouer la carte de l'indépendance politique pour gravir les échelons. Et lorsqu'une éventuelle étiquette politique rouge, bleue, orange ou, plus récemment, verte est accolée à un (e) journaliste «qui réussit», la suspicion de l'entourage n'est plus aussi palpable que par le passé. Des responsables politisés et respectés, ça existe aussi à Reyers.

Lors des auditions au Parlement de la Communauté française, le débat sur la politisation de la RTBF a été doublement évoqué. D'une part, au nom de l'Association des journalistes, Christian Dupont a rappelé les «quelques avancées» accomplies sur le terrain de la dépolitisation des nominations. «Pourtant, il arrive encore qu'un journaliste passe d'un cabinet ministériel à un poste à responsabilité dans une rédaction, sans pour autant que les capacités de ce journaliste aient été remarquées avant son détour en politique. C'est inadmissible et injustifiable», dénonça M.Dupont devant les députés.

UN TROP DE PARTIS

D'autre part, le même jour (coïncidence?) où l'AJ s'exprimait, le parti Ecolo représenté au conseil d'administration, mais «absent» des postes formant ce qu'on appelle la hiérarchie lança un appel à la «départicratisation» de la RTBF. «C'est d'un trop de partis et non d'un trop de politique que souffre la RTBF» , lançait Ecolo dans un courrier adressé aux présidents du PRL, du PS et du PSC.

Jusqu'à preuve du contraire, cet appel à combattre le «lotissement particratique» des postes à responsabilité est un beau «flop». On retrouve tout au plus, dans le chapitre «recrutement» des recommandations parlementaires, la mention suivante: «l'appartenance des candidats à un parti politique ou à une tendance idéologique ne pourra pas être considérée comme un critère pertinent». Un signal fort, vraiment?

(1) «Les radios et les télévisions de Belgique», Editions Kluwer.

© La Libre Belgique 2001

PAR PIERRE-FRANÇOIS LOVENS

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