Médias/Télé

"NETFLIX". Ce nom ne vous dit peut-être rien. Il devrait, pourtant. Né aux Etats-Unis en 1999 (comme loueur de DVD par correspondance), ce service imaginé par Reed Hastings offre aujourd’hui du streaming légal illimité. Rien de révolutionnaire nous direz-vous. Sauf que Netflix risque bien de bouleverser le secteur de la vidéo à la demande, des câblo-opérateurs payants et des chaînes gratuites en Belgique.

Pour moins de 10 € par mois, vous accédez en effet à 10000 films et 3000 séries, y compris "House of Cards" (série produite par Netflix et encensée par la critique). Son catalogue est disponible sur toutes les plateformes : écrans d’ordinateurs, tablettes, télévisions connectées à Internet, smartphones, consoles de jeu vidéo (Xbox360, Playstation, Wii). Et le catalogue du géant américain ne cesse de s’étoffer de contenus alléchants (même s’ils ne sont pas toujours récents). Ses accords (chiffrés à plusieurs millions de dollars et prévus pour plusieurs années) avec Dreamworks Animation, Disney, Discovery et ses chaînes documentaires, NBC Universal, Time Warner et CBS lui ont permis d’obtenir les droits de poids lourds du grand et du petit écran tels que "Vampire Diaries", "Gossip Girls", "Desperate Housewives", "Shrek", "Kung Fu Panda", etc. La dernière acquisition groupée en 2011 avait alors été chiffrée à 805 millions de dollars (590 millions d’euros).

Au premier trimestre 2013, le site Internet de l’entreprise (cotée en Bourse) a généré un milliard de dollars de revenus. En 2011, Netflix représentait 30 % du trafic Internet aux Etats-Unis, entre 20 et 22 h. Or, il s’agit très exactement de la tranche horaire générant la plus grande part d’investissements publicitaires sur les chaînes de télévision payantes (ou non). Aux Etats-Unis, de nombreux clients ont ainsi résilié leur abonnement au câble, estimant que l’offre de Netflix leur suffisait largement.

Depuis quelques années, l’entreprise nord-américaine Netflix a étendu ses activités au-delà de ses frontières et prévoit des investissements de 40 à 70 millions d’euros selon les pays. Une politique d’expansion agressive qui a débuté au Canada en 2010, où un million d’abonnés a rejoint les 25 millions de fidèles américains. Elle s’est ensuite poursuivie en septembre 2011 en Amérique latine. En 2012, la Grande-Bretagne, la Scandinavie et l’Irlande ont également bénéficié des services du géant américain. Enfin, depuis quelques jours, nos voisins néerlandais profitent aussi d’un accès au service. Aujourd’hui, 36 millions de personnes se sont abonnées au streaming légal et illimité de Netflix, dans une quarantaine de pays à travers le monde. Prochaines étapes pour le géant : la France et la Belgique. Une information que n’a pas confirmée l’entreprise, mais les rumeurs se font de plus en plus pressantes. Notamment depuis l’annonce de plusieurs recrutements de traducteurs-interpètes français-néerlandais.

Seulement, à force d’élaborer des hypothèses, on en oublie la complexité de l’échiquier belge. Le marché est petit, étroit, morcelé, composé de multiples intermédiaires avec qui il faut négocier des droits à tous les niveaux locaux et linguistiques (majors, opérateurs, chaînes payantes et gratuites, publiques et privées). En d’autres termes, le marché belge est compliqué ! Beaucoup d’efforts sont à fournir alors que le "potentiel clients" ne représente, à terme, que quelques dizaines, voire centaines de milliers de personnes. D’autre part, les habitudes de consommation des Belges sont bien ancrées : la télévision reste le média le plus apprécié et le plus consommé.

Plusieurs acteurs belges n’ont pas attendu l’arrivée de Netflix pour réagir. Outre Telenet qui vient de lancer "Rex" et "Rio", la résistance s’organise. En France, également, l’organisation rapide de la concurrence (Canal+ et Dailymotion), le manque de coopération des fournisseurs d’accès à Internet et la réglementation contraignante ont franchement retardé l’implantation du géant californien sur le territoire hexagonal. Car, outre-Quiévrain, la diffusion de films et de séries en VOD par abonnement est soumise à un délai de 36 mois après leur sortie en salle.