Médias/Télé

ÉCLAIRAGE

Parler du «Soir» dans «La Libre»? Ça ne se fait pas! Trop suspect. Soit on risque d'être accusé de complaisance (on ne critique pas des confrères, mêmes concurrents); soit c'est l'inverse (il est tellement facile de parler d'un titre concurrent en mauvaise posture). Alors, parlons-en... avec tous les risques que cela comporte, mais en sachant que «Le Soir» est une institution du paysage médiatique francophone belge et que s'intéresser à ce qui s'y passe, avec toute l'objectivité requise, relève d'un sain devoir d'information.

Objectivement, donc, «Le Soir» n'est pas au mieux. Alors que la presse quotidienne du sud du pays redressait la tête au troisième trimestre, avec une diffusion payante en hausse moyenne de 1,52pc, l'ex-premier quotidien de la Communauté française dégringolait de 6,52pc, voyant ses ventes tomber à un niveau historique de 93741 exemplaires (LLB, 13/11).

Béatrice Delvaux, rédactrice en chef, parle d'accident de parcours... Un discours qui ne convainc pas tout le monde au sein de la rédaction. D'aucuns font remarquer que, comme les autres quotidiens, «Le Soir» n'a pas été inactif sur le plan promotionnel et que le supplément télé, encarté voilà un an, n'a pas permis d'enrayer le déclin. Au lieu d'accident, certains parlent de réel «problème structurel».

Cap éditorial inchangé

Faut-il voir un lien de cause à effet? Samedi dernier, la direction du journal (Bernard Marchant, Daniel Van Wylick et Béatrice Delvaux) avait convoqué l'ensemble de la rédaction - soit quelque 120 personnes - pour une longue rencontre (5 heures). Officiellement, il s'agissait de parler du nouvel organigramme du journal (nouveaux chefs de services qui entreront en fonction dès le 7 décembre). «Il en a été question 5 minutes... En fait, on a essentiellement parlé de contenu», indique un participant à la réunion.

«Le projet de journal présenté par la direction est rassurant, même si les changements annoncés ne font pas plaisir à tout le monde. On jugera à l'usage», résume Ricardo Guttierez, président de la SJPS (Société des journalistes), qui prend acte avec satisfaction du maintien de cap éditorial, soit un journal «généraliste de qualité, progressiste, doté d'une forte personnalité».

«Crise de délai»

Le nouvel organigramme a pour objectif essentiel de préparer la rédaction au lancement du nouveau «Soir» en septembre 2005, lorsque le journal adoptera le format berlinois (mis en forme par l'Américano-cubain Mario Garcia). «Il n'y a aucun désaveu dans les changements opérés. Nous avions besoin d'une structure resserrée. Il s'agit aussi d'avoir une rédaction plus ancrée dans le réel, qui développe davantage les aspects sociétaux de l'actualité», explique la rédactrice en chef. Le tout se traduit par la constitution d'un grand service «Belgique», intégrant les rédactions «politique intérieure», «société» et «régions». Un chemin déjà emprunté par «La Libre».

Sans préjuger du résultat final, Bruno Liesse, directeur de Carat Expert, fait la moue. «La crise du «Soir» est une crise de délai. En d'autres mots, ils ont beaucoup trop tardé à changer le journal, le tout avec une prise de risque trop moyenne. Je suis donc sceptique, à moins que les changements s'accompagnent de gros efforts marketings», explique l'analyste des médias.

Il reste neuf mois au «Soir» pour démentir ce pronostic peu encourageant.

© La Libre Belgique 2004