Nicolas Bedos, le dandy du Paf

Hubert Heyrendt Publié le - Mis à jour le

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Médias/Télé Entretien

Il y a un peu plus d’un an, à part les habitués du théâtre parisien, pas grand monde ne connaissait Nicolas Bedos. Aujourd’hui, après un an de "Semaine mythomane" chez Franz-Olivier Giesbert sur France 2, ce jeune homme de 31 ans, bourré d’orgueil et d’autosuffisance revendiquée, fait le buzz. En promo pour son recueil de chroniques (*), Bedos a été de tous les plateaux de télé et sa rencontre tout en finesse avec une jeune étudiante chez Michel Field a affolé la machine : Zapping, Facebook, YouTube

Comment est né ce personnage de mythomane ?

Mon copain Alexis Trégarot faisait une émission confidentielle le dimanche soir sur Oui FM. Il savait que je pouvais être amusant, un peu, dans la vie et m’a demandé de le rejoindre. J’étais en plein dans le théâtre, je me suis dit pourquoi pas. Comme je voulais rester dans ce que je sais faire, c’est-à-dire un travail littéraire, où je peux jouer avec les mots, j’ai pensé à une sorte d’autofiction. Mais c’est d’une impudeur sans nom. J’ai donc décidé d’incorporer, en l’exagérant, ce qu’on disait sur mon compte et de fermer leur gueule à mes détracteurs. Je disais à l’auditeur : "Je sais ce que tu penses de moi. Je vais te le dire et m’en amuser : je suis un gosse de riche, fils d’une vedette, un coureur de jupons "

Cette ambiguité est-elle encore possible aujourd’hui ?

J’ai peur, en ce moment, que l’ambiguité se perde. Je deviens un peu trop célèbre à mon goût, même si je l’ai souhaité. Je fais la Une de "Voici", on cherche à savoir ce qui est vrai et ce qui est faux dans ce que je dis. Le mystère est en train de s’évaporer. Je trouve ça moins marrant. Ce qui aurait été élégant et plus intéressant sur le plan littéraire, c’est que je refuse toute justification, explication. Que je n’aille pas au "Grand Journal" me faire mousser. Mais le comédien frustré avait besoin de la lumière

Qui est Nicolas Bedos est pourtant une question qu’on continue à se poser…

Mais on va de moins en moins se la poser si je continue à me faire choper dans les magazines. Je suis en colère contre moi de ne pas préserver plus le mystère. Quand, dans "Marianne", j’écris une rencontre improbable avec François Hollande au salon de Brives, je trouve ça bien qu’on se demande si c’est vrai ou si c’est faux. On imagine bien qu’il y a un peu de vrai là-dedans, que je l’ai peut-être croisé mais qu’on ne sache pas si le dîner a eu lieu. A cause du buzz autour de ma gueule, il y a un type qui est allé vérifier. Ça, c’est pas cool, ça casse le job.

Trois mois après le début de l’émission de FOG, Laffont vous commandait déjà ce livre…

Rapidement, suite aux propositions de deux éditeurs prestigieux, j’ai fait de la télé en sachant que tout ça était de la matière littéraire. Même si on n’écrit pas pareil quand on sait qu’on va le dire, il y a un souci très fort de l’écrit. Et depuis le début, je revendique être un des chroniqueurs les plus attachés à la forme de ma génération.

Vous parlez de votre passage dépressif. Est-ce là qu’il faut trouver la naissance de ce personnage arrogant, faussement sûr de lui ?

Ce qu’il y a sans doute, et qui fait parfois flipper mes proches, c’est le côté un peu suicidaire quand j’aborde certains sujets à la télé. On remarque cette espèce de fébrilité de celui qui n’a pas toujours de limite. Quand tu es déprimé, tout est foutu et en même temps t’es à l’affût de ce qu’on pense de toi, ce qu’on dit de toi. Est-ce que je suis de la merde ou génial ? C’est un mélange de nombrilisme et de totale indifférence. Le personnage a ça.

Vous avez été accusé d’antisémitisme. Etes-vous conscient du risque au moment où vous écrivez cette chronique ?

Je sais que c’est rock’n’roll mais je ne sais pas qu’ils vont tomber dans le panneau que la chronique décrit. Au début, quand ça monte sur Facebook, j’ai peur d’avoir fait une bêtise et je la relis dix fois. Mon père est un boulet parce qu’on n’arrête pas de m’y ramener mais j’ai aussi la chance d’avoir un spécialiste à domicile, qui me dit : "Laisse, ça va aller." Malheureusement, j’ai fait du tort à la communauté juive en provoquant chez elle une réaction tellement démesurée que ça l’a rendu antipathique. Si je dois commencer à écrire pour les cons, les fascistes Le personnage est là pour être incestueux, raciste, parce que c’est le travail d’un écrivain et que je porte tout ça au fond de moi. Je trouve que l’on peut avoir des réflexes racistes, des pensées fugitives malsaines, étranges, sans l’être. On peut être traversé par un désir incestueux sans aller à l’acte. On possède tout ça. C’est pour ça qu’on va voir des films d’horreur.

Ce Nicolas Bedos-là peut-il tout dire ou vous êtes-vous autocensuré ?

Non, j’ai eu une liberté absolue l’année dernière. Sur le fond, franchement, j’ai tout fait. Mais on ne peut tout dire à la télé qu’avec Giesbert et Rachel Kahn. C’est très chaud à la télé. Mais la liberté est aussi dans le temps qu’on m’a accordé. A la fin, j’avais 14 minutes. Ça, c’est une liberté aussi chère que de pouvoir dire du mal de Sarkozy et de Carla Bruni.

Hubert Heyrendt

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