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Adoré par les uns et détesté par les autres, le chroniqueur, dramaturge et comédien (qui a écrit et joué dans le film Amour & Turbulences, qui vient de sortir en France) évoque pour nous le "mariage pour tous", la déclaration de patrimoine des ministres français, François Hollande, l'UMP, son parcours personnel et les nombreuses critiques dont il fait l'objet. Nicolas Bedos est l'Invité du samedi de LaLibre.be

Après des mois de débats et de mobilisation, deux personnes de même sexe pourront bientôt se marier en France. Une satisfaction?

Mon sentiment, c'est "enfin"! J'en avais ras-le-bol, je trouvais ça interminable. Ce sujet ne m'intéressait pas suffisamment, malgré mes nombreuses chroniques dédiées au mariage pour tous. Mon stylo commençait à fatiguer. Le combat des homos ne me parait pas passionnant. Mais alors le combat des "anti", encore moins. J'ai l'impression d'être dans un salon où deux cons se prennent la tête. Je n'ai qu'une envie... allumer la télé.

Ce combat des anti-"mariage pour tous", donne-t-il une image rétrograde à la France?

Oui, par rapport à l'Angleterre, à la Belgique et aux pays du nord. Mais ça ne me surprend pas. Je pense que cette colère est autant liée à la loi sur le "mariage pour tous" qu'à Sarkozy. Depuis des années, une certaine partie de la société française, qu'on appelle "conservatrice", refoule un désarroi face à une espèce de changement de société auquel leur ancien président n'est pas étranger. Il a totalement déboussolé ces gens par son manque de stature présidentielle, son divorce et son remariage express avec une chanteuse de variété ou encore son style Ray-Ban. Aujourd'hui, ce modernisme, cette vulgarité sortent comme un cri. La majorité silencieuse pète les plombs.

N'est-ce pas non plus une erreur de François Hollande d'avoir trop surfé sur ce thème de société, en croyant qu'il allait faire oublier la situation économique difficile?

Je suis d'accord. Cependant je ne pense pas que ce soit une erreur. Il ne s'attendait juste pas à ce que cette diversion prenne tant d'ampleur. En plus, elle ne fait diversion sur rien. Mais c'est lui prêter des calculs que je préfère laisser à la presse. Quoi que fasse un président, quand ça va dans le bon sens on estime que c'est stratégique et quand ça va dans le mauvais on lui tombe dessus à bras raccourcis. Sur ce sujet-ci, on peut lui être reconnaissant d'être dans l'air du temps. En plus, pour avoir eu vent d'échos privés, cette réforme n'est pas sa tasse de thé. Il aurait plutôt fait ça pour contenter une partie de sa majorité.

Autre sujet de mécontentement: l'affaire Cahuzac. Le choix de l'ex-ministre du Budget par Hollande, une erreur de casting?

Cahuzac était bien considéré par l'ensemble des politiciens. Quand il a été nommé par Hollande, cela a été l'un des rares consensus de toute la presse. Aujourd'hui, on dit qu'il fallait prévoir. Mais comment prévoir ce qu'un homme a caché à ses propres amis intimes? Il faut arrêter de déconner. Moi aussi je suis déçu, triste du bilan de notre gouvernement mais ça n'a pas de sens de lui tomber dessus sur tous les sujets.

Ce scandale est à la base de la publication des déclarations de patrimoine. Une mesure intéressante ou caricaturale?

Je trouve que c'est débile! Cela correspond à une ambiance qui me consterne. Ma coiffeuse me disait récemment: "Depuis quelques mois, tout le monde est jaloux de tout le monde. Personne n'est content". Je suis entièrement d'accord avec elle. Cette nouvelle disposition ne règle absolument pas le problème de la transparence. Puis, ça permet à l'ensemble de la presse de se moquer des ministres qui ont une voiture polluante ou un scooter. Après on va faire la transparence sur ce que possèdent les artistes, les acteurs, les animateurs,... C'est la tendance. Qu'est-ce que ça veut dire, cette espèce de soviétisme larvé qui s'empare de la France?

Après un an de présidence, quel est le bilan que vous dressez de Hollande?

Un personnage navrant sur le plan de la communication. Quant à ses prises de position, certaines choses ne sont pas si condamnables...

François Fillon parle de "désastre".

Mais vous avez vu ses propositions, à Fillon ? Avec ses propositions, il va faire sortir les gens dans les rues de la même manière. Parce que la politique de Hollande n'est ni plus ni moins que libérale.

On sent que vos propos sont à l'image de la France : divisés et moroses...

Vous avez bien raison. On disait que Sarkozy montait les Français les uns contre les autres. Et bien cela ne s'arrange pas du tout. Mais ce n'est pas pour ça que je veux le voir revenir. Ce n'est pas parce que je m'ennuie avec Hollande que j'ai envie de hurler avec Sarko.

L'UMP a annoncé que des primaires se tiendraient en vue de désigner le candidat pour 2017. Ce parti sera-t-il en ordre de bataille dans quatre ans?

Pour l'instant, ils sont bien emmerdés. C'est d'ailleurs très drôle la manière dont ils donnent des leçons à Hollande alors qu'ils sont eux-mêmes empêtrés dans une crise totale de légitimité de pouvoir. Copé pense-t-il que les Français ont oublié qu'il était là pour des raisons douteuses? Non. La morosité vient de ça aussi : il n'y a pas d'alternative. D'un point de vue économique, les Français sont effrayés par Mélenchon. Sur le plan des valeurs, dieu soit loué, ils sont relativement hostiles à Marine Le Pen. Donc il reste quoi? Les libéraux de gauche et de droite...

Passons à des questions qui vous concernent. Vous êtes un touche-à-tout : chroniques, livres, théâtre, cinéma,... Cela vous plait?

Non. Ce que je dis à mes proches et à moi-même tous les soirs, c'est que je souhaite rassembler mes activités. Je pense déserter un peu le commentaire, les chroniques. Et me concentrer sur ce que, prétentieusement, on peut qualifier d'"œuvre" : une pièce de théâtre, un film ou un roman. Alors que j'adore ça, je vais essayer de m'infliger une sorte de diète médiatique pour pouvoir travailler plus sereinement. Je suis encore jeune et immature et je vais tenter de découvrir ce mot qui est "non" aux différentes propositions. J'ai tendance à accepter trop de choses.

Vous êtes très régulièrement critiqué, parfois avec virulence. On vous traite de "tête à claques", "mal-aimé", "arrogant",... Être critiqué à ce point, vous aimez ça? Vous n'en avez pas marre?

Les deux. Il y a une partie de moi qui l'a cherché parce que ça m'amuse et c'était un jeu. Et l'autre partie de moi en a marre de devoir se justifier auprès de ceux qui n'ont pas compris que c'est de l'humour. Il ne faut pas trop écouter ce qui se dit sur le moment, surtout à l'époque d'internet, de Twitter, où on dégueule sur tout le monde. Détester est devenu un sport mondial. Je vais quand même continuer à provoquer mais à travers des pièces, des films. C'est la forme courte qui me lasse parce qu'un papier chasse l'autre et cela me donne un sentiment d'éparpillement.

Vous êtes une cible facile pour cette France jalouse?

Comment voulez-vous qu'on m'apprécie? J'ai 30 ans, un père célèbre, une fiancée ravissante, je fais des choses qui marchent. On me déteste ! (rires) Ça ne m'intéresse pas de chercher l'adhésion. Un jour, Gad Elmaleh m'a donné une leçon de consensus. Mais je ne suis pas comme ça. Et je n'arriverai jamais à dire des choses pour plaire ou moins déplaire.

En fait, c’est votre côté provocateur qui vous revient comme un boomerang en pleine figure...

Bah oui. Mais je fais confiance à mes lecteurs, un peu comme un politicien fait confiance à ses électeurs. J'ai discuté récemment à couteaux tirés avec Marine Le Pen sur un plateau télé entre deux pubs. Elle m'a dit : "Ce qui vous déplait à vous, et bien ça plait aux miens". Dieu sait que je la dégueule. Pourtant sa formule est juste. On se fâche avec des gens mais on se rapproche de beaucoup d'autres et ceux-là sont précieux.

Regrettez-vous certaines de vos provocations?

Non parce que derrière mes airs impulsifs, je travaille beaucoup et donc je pèse en général le pour et le contre de ce que je m'apprête à dire. Et puis, j'en discute avec ma famille aussi. Ce que je regrette, c'est plutôt l’aveuglement de ceux qui ne me comprennent pas. Ce que je regrette, c'est de vivre dans un pays où le second degré a beaucoup de mal à être perçu.

Venez vous installer en Belgique, on y cultive l'autodérision !

Je le sais très bien. Je suis venu faire deux campagnes promotionnelles en Belgique et je suis tombé sur des journalistes consternés par le fait que certains pouvaient ne pas comprendre mon humour. Ce n'est pas un hasard si mes copains Benoît Poelvoorde et François Damiens ne me demandent pas de leur expliquer quoi que ce soit.

Entretien: Jonas Legge & Dorian de Meeûs