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ENTRETIEN

Pour y avoir occupé la vice-présidence du conseil d'administration de 1995 à 1999, Jean-Marc Nollet connaît bien la RTBF. Jusqu'ici, le chef de file Ecolo au gouvernement de la Communauté française s'était toutefois gardé de s'exprimer sur le sujet. Aujourd'hui, alors que Richard Miller (PRL), ministre de l'Audiovisuel, a entamé la négociation du nouveau contrat de gestion de l'entreprise du boulevard Reyers, il rompt le silence.

En multipliant les déclarations critiques sur la RTBF, Richard Miller a irrité pas mal de monde. La «méthode Miller» vous a-t-elle également agacé?

J'ai jugé assez salutaire de voir Richard Miller soulever la chape de plomb pesant sur la RTBF. Lorsque je siégeais au conseil d'administration, je l'avais fait à ma façon. Sur la méthode, je n'ai donc pu que me féliciter de l'arrivée de M. Miller, même si je ne suis pas toujours d'accord avec lui. Mais connaissant la maison de l'intérieur, il me paraissait indispensable que le ministre de l'Audiovisuel secoue le cocotier.

Richard Miller n'a-t-il pas été injuste envers la RTBF?

Il a probablement été incomplet dans certains jugements. Mais je serai à ses côtés car je ne souhaite pas laisser la situation de la RTBF en l'état, c'est-à-dire une situation marquée par un poids paralysant à l'extrême pour certaines personnes et par des logiques sous-régionales.

Comment jugez-vous le travail de la commission parlementaire?

Assez positivement. Mais je reste sur ma faim. Certains noeuds n'ont pas été résolus. Il y a notamment toute la question du rôle des directeurs des centres régionaux. Il faudra parvenir à distinguer très clairement la responsabilité fonctionnelle et organisationnelle des directeurs régionaux, de la responsabilité sur le contenu des programmes. Cette seconde responsabilité doit être avant tout celle des directeurs de chaînes et, en seconde ligne, des directeurs de la télévision et de la radio. Il faut redonner à ces personnes une réelle marge de manoeuvre, à la fois par rapport aux directeurs régionaux et au quota des 75 pc (NdlR: part de la production propre réservée aux centres régionaux).

Ces 75 pc restent un tabou?

Je trouve le débat stupide et paradoxal. D'un côté, la RTBF réclame davantage d'autonomie et, de l'autre, elle demande de se voir exiger les 75 pc! Si on veut une RTBF autonome, c'est à elle de se fixer un objectif en matière de production régionale. Le rôle du gouvernement est de prévoir une obligation de moyens imposant à la RTBF de faire fonctionner ces centres régionaux.

Vous soutiendrez Miller dans sa volonté de supprimer les 75 pc?

Oui.

L'administrateur général, Christian Druitte, prône le maintien de ce quota

J'ai l'impression d'être en présence d'un administrateur général qui a peur de tout! Sa proposition est contradictoire avec son exigence d'autonomie.

Quels sont les autres noeuds de la négociation?

J'en vois un troisième: la place réservée à l'innovation dans la programmation. Je suis frappé par l'attitude de la hiérarchie de la RTBF. Elle donne, en permanence, le sentiment d'être dans la position d'une citadelle assiégée. La direction est tellement fermée sur elle-même que, dès qu'on ouvre une fenêtre, elle craint le courant d'air et le rhume généralisé pour tout le monde.

Le projet de contrat de gestion élaboré par M. Druitte ne retient pas l'obligation de réaliser, plusieurs fois par semaine, un JT pour enfants tel que les «Niouzz». Un projet auquel vous contribuez financièrement

Cette obligation devra se retrouver dans le prochain contrat de gestion. On se souvient des réticences de la RTBF à réaliser les «Niouzz» Sur ce terrain, comme sur beaucoup d'autres, la RTBF aurait intérêt à être moins frileuse, à ne pas attendre d'être acculée pour mener des projets qui répondent à ses missions de service public.

© La Libre Belgique 2001