Médias/Télé

ENTRETIEN

S i j'ai attendu si longtemps pour me prononcer, c'est parce que je voulais pouvoir ne plus dire: voici mon projet, mais bien voici notre projet. C'est ce à quoi je me suis employée ces trois derniers mois.´

Prudente et mesurée, Carine Bratzlavsky l'est assurément. Mais c'est sans doute parce qu'elle connaît trop la maison pour croire aux révolutions de palais, mais surtout parce que, côtoyant les équipes `culturelles´ RTBF depuis une dizaine d'années, elle avait plus que quiconque l'envie de travailler en synergie avec tous. Comme elle l'avait fait précédemment, que ce soit à la programmation de Télé 21 ou, depuis 1995, dans le cadre du contrat d'association RTBF-Arte.

Désignée officiellement pilote de La Deux le 1er novembre dernier, elle réservait obstinément la primeur de son projet à l'administrateur général mais aussi à ceux et celles qui modèleraient avec elle le nouveau visage de la chaîne. Inutile d'espérer découvrir la nouvelle grille dans les lignes qui suivent. Tout au plus accepte-t-elle de dévoiler les maîtres-mots, la philosophie d'un projet porté par une équipe plurielle.

`S'ouvrir, rajeunir, décloisonner. Assurer à La Deux une meilleure lisibilité et complémentarité par rapport à La Une, en privilégiant la notion de rendez-vous mais aussi les visages-emblèmes de certaines émissions. Une chaîne conçue comme un espace de curiosité et de liberté capable de capter toutes les cultures - urbaines, footballistiques, patrimoniales - qui traversent la société et soucieuse de créer des passerelles avec d'autres chaînes. Mes rencontres au cours des trois derniers mois ont confirmé ces intuitions et renforcé ma conviction et ma confiance dans notre capacité à mener à bien un projet commun de ce type.´

PLUS QUE DEUX ÉTAPES

Aujourd'hui, alors que le directeur de la télévision s'est déclaré `enthousiaste´

Restaient trois étapes à franchir: convaincre et séduire le collège de la télévision, l'administrateur général et le conseil d'administration.

Pour le premier c'est à présent chose faite. `J'ai fait le tour après la réunion de ce jeudi et les échos que je reçois sont bons, nous explique Carine Bratzlavsky. Bien sûr, j'ai aussi entendu une réflexion de déception mais dans l'ensemble les membres présents (directeurs de centre, de l'information, des coproductions, etc.) semblaient satisfaits. De toute façon personne ne découvrait véritablement le projet puisque les grandes orientations en ont été prises avec eux´, au cours des trois mois consacrés à la consultation et à l'affinement du projet (NdlR). `Ce que j'ai présenté est la synthèse, de nos discussions passées, le fruit, mis en grille, d'un projet qui reste à avaliser par le nouvel administrateur général.´

La démission de Christian Druitte a en effet introduit un peu de flottement dans un calendrier précisément défini. Il était ainsi prévu que le fameux projet soit présenté devant le CA le 24 janvier afin de pouvoir être mis en oeuvre le 21 mars.

Un planning `serré´ qui s'expliquait par les divers échelons déjà gravis par le document qui, dans ses grandes lignes, est celui présenté par Carine Bratzlavsky lors du dépot de sa candidature. A nouvel administrateur, nouvel échéancier? Difficile à dire, mais certains n'hésitent pas à agiter le spectre du report (LLB du 17/01).

La question ne semble pourtant pas la chiffonner: `La question de la date appartient au nouvel administrateur, c'est un choix stratégique que lui seul peut poser. C'est à lui de voir s'il le souhaite ou pas, si le projet lui plaît ou non,... Nous voulions juste faire savoir que nous sommes prêts.´

IDENTITÉ ET ORIGINALITÉ

`La Deux ne sera pas une chaîne prétexte, multi-niches mais bien une chaîne à part entière avec une identité nouvelle et une originalité spécifique. Nous avons tout en nous, nous faisons des choses formidables mais nous ne les affichons pas suffisamment. La nouvelle grille va nous permettre d'affirmer notre identité. La nouveauté est là: on produit des émissions au service d'une grille qui devient le reflet de la ligne éditoriale de la chaîne et permet de mettre en exergue les missions que nous nous sommes fixées.´

Objectif recherché: faire en sorte que les producteurs sentent que leur programme est attendu et n'atterrit pas n'importe où, n'importe comment `parce que cela génère des frustrations des deux côtés: chez les producteurs et les téléspectateurs´.

`Aujourd'hui ce projet existe, il est prêt, le nouvel administrateur le trouvera sur son bureau le 1er février. A lui de dire s'il reste prioritaire...´ Un ultime écueil pourrait être son coût mais cet argument est balayé par Carine Bratzlavsky qui explique qu'il `se situe dans la fourchette des coûts évoqués par le conseil d'entreprise´. Or, initialement, le reformatage de La Deux avait été évalué à un million d'euros (40 millions de BEF). Reste à voir si, là aussi, la donne n'aura pas changé...

© La Libre Belgique 2001