Médias/Télé Dérapage dans l’émission de libre antenne "MIKL". NRJ sera entendue par le CSA.

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a notifié un grief à l’encontre de la radio NRJ pour avoir diffusé un programme portant "potentiellement atteinte au respect de la dignité humaine", indique l’organe de régulation par voie de communiqué. Le 3 novembre 2016 vers 01h25, dans la séquence "Merci pour ton ex" de l’émission "MIKL" (00h-4h, du lundi au jeudi), l’animateur a en effet appelé un mineur d’âge à la demande de l’ex-petite amie de ce dernier pour le couvrir d’insultes.

Les injures portaient sur des éléments personnels, voire intimes, du jeune homme : son prénom, sa vie amoureuse et familiale, sa sexualité, son aspect physique, etc. "Elles sont assorties par moments de menaces", reprend le CSA. Objectif ? Mettre en colère l’adolescent pour permettre à la jeune fille de remporter une tablette. La conversation téléphonique a duré une dizaine de minutes. A aucun moment, il n’a été signalé à l’appelé qu’il était à l’antenne.

Il semblerait également que l’animateur n’ait pas été suspendu d’antenne, même provisoirement, malgré la gravité des faits rapportés. Le groupe NRJ n’a pas souhaité réagir mais d’après le CSA, la radio aurait expliqué qu’il s’agissait d’un "divertissement à prendre au second degré" tout en reconnaissant "un dérapage, opposé aux valeurs véhiculées par l’entreprise".

Protection des mineurs

Le CSA fonde notamment son analyse sur le risque de banalisation du phénomène de harcèlement dont la prévalence en milieu scolaire et sur les réseaux sociaux est régulièrement dénoncée par diverses autorités.

Enregistrée à Bruxelles, diffusée en Belgique, en France et en Suisse, l’émission "MIKL" est en effet suivie par un public majoritairement jeune (13-24 ans). Par ailleurs, l’heure de diffusion ne favorise pas le contrôle parental.

En Belgique, NRJ estime être leader sur cette tranche en rassemblant 50,7 % des 18-34 ans. Le CSA, qui rappelle que le centre d’information sur les médias (Cim) ne fournit pas de chiffres pertinents de minuit à 5h, évoque moins de 10 000 auditeurs belges (35 000 en France).

En outre, le Conseil supérieur de l’audiovisuel n’exclut pas que la séquence "Merci pour ton ex" soit scénarisée, mise en scène, mais rappelle que, même fictive, elle présente une apparence de réalité. "Elle est dès lors susceptible de véhiculer, voire de promouvoir, des conduites préjudiciables vis-à-vis de la personne visée et, par extension, vis-à-vis de n’importe quel individu ciblé par ce type de comportement que l’émission encourage de facto auprès des auditeur (trice) s."

Ces injures ont également été proférées par un animateur - et non par un auditeur, comme c’est souvent le cas lors d’une libre antenne. Dans ce contexte, "l’éditeur est tenu de redoubler de prudence en ce qui concerne le respect de la dignité humaine et d’informer le mineur sur les conditions de sa participation", poursuit le CSA.

Sanction possible

Pour rappel, l’enquête réalisée par le CSA est administrative (et non judiciaire). Elle a été engagée sur base d’une plainte introduite par une auditrice belge auprès de l’organe de régulation. Cette plainte ne vise donc pas l’animateur mais l’éditeur responsable.

En l’occurrence, la SA NRJ Belgique qui devra s’expliquer au cours d’une audition publique devant le Collège d’autorisation et de contrôle (CAC) du CSA. Celui-ci prendra une décision finale, éventuellement assortie de sanctions (simple avertissement, publication d’un communiqué ou amende) d’ici quelques semaines.