Médias/Télé

Thierry Michel et Pascal Colson filment à hauteur d’élèves entre la mine, la Turquie, l’amour et la mort. A voir sur La Une, à 20 h 20.

Une bande d’enfants dans une cour de récré à Cheratte, en province de Liège. Comme tous les autres, ils jouent au foot, se confient des secrets, se disputent ou se charrient. L’ambiance semble bonne. Au départ, une seule particularité attire le regard : le nombre élevé de filles qui jouent au foot. Pourtant, lorsque l’on s’assoit au fond de la classe de Brigitte Pirlet, au fil des formalités de la rentrée, on ne peut s’empêcher de noter le caractère "monolithique" de sa composition.

Dans cette classe, seuls deux enfants ne sont pas originaires de Turquie et tous les élèves, sauf un, suivent le cours de religion musulmane. A vivre leur quotidien, les fêtes scolaires, les mariages ou les jeux dans la rue, on mesure la vitalité de cette petite communauté qui a en partage l’histoire d’une immigration et d’un exil économique remontant au temps où les mines wallonnes cherchaient des ouvriers déterminés.

Un passé commun, parfois secret

Tous ces élèves partagent une histoire familiale liée aux terrils, même si certains grands-pères n’en avaient jamais parlé à leurs petits-enfants. Au-delà de la prise de conscience, la préparation d’une visite de l’ancien site minier a encouragé les échanges.

En découvrant Les enfants du hasard, on ne peut s’empêcher de penser à la série documentaire "Journal de classe" où un formidable professeur de morale, Jacques Duez, s’était mis à l’écoute de ses élèves et avait capté leurs inquiétudes du moment : l’amour, l’amitié, la mort, leurs rêves pour le futur. En discutant simplement avec eux et en se plaçant à hauteur d’enfant.

Même si le film ne se résume pas à ces discussions face caméra, elles permettent de prendre le pouls particulier de ces écoliers accompagnés durant toute une année scolaire. Une année cruciale qui marque la fin de leur parcours en primaires. A leur stress légitime face au CEB du mois de juin s’ajoutent les angoisses et questions plus aiguës suscitées par les attentats de Paris, mais aussi ceux de Bruxelles en mars 2016.

Aux thématiques plus "classiques" comme le mariage ou le harcèlement scolaire s’ajoutent des discussions sur le voile, les terroristes et la foi, décryptées par leurs cerveaux d’enfants.

Dans cette classe où l’actualité s’engouffre sans crier gare, on est forcément heureux de voir Madame Brigitte tenir fermement la barre, sans jamais oublier d’être à l’écoute des difficultés de ceux qui sont un peu aussi "ses" enfants. Une figure pragmatique et très humaine qui renvoie à celle de l’instituteur du film "Etre et avoir" de Nicolas Philibert.

Le résultat est un beau travail de fond à l’heure où tant de caméras vont et viennent par vagues, sans prendre le temps ni pratiquer le discernement. C’est le choix du cinéma documentaire de reprendre ce fil des heures et de le domestiquer. Derrière la caméra, le vieux loup Thierry Michel était notamment épaulé par Pascal Colson. Revenant dans le bassin minier qui les a tous les deux largement irrigués, les deux documentaristes dépassent les clichés pour livrer la parole de futurs citoyens, avec leurs rêves de bonheur tout simple et leurs contradictions, aussi.