Médias/Télé

ENTRETIEN

L'hebdomadaire satirique du mercredi «Pan» est tombé bien bas. Avec moins de 3000 exemplaires, ses ventes sont devenues marginales. Quant à son contenu, on peut s'interroger... Les ragots et les règlements de compte, parfois sous la ceinture, ont pris le pas sur une information satirique digne d'un travail journalistique rigoureux. L'idéologie (ultra) droitière a pris le pas sur le rôle de poil à gratter des «institutions».

«Pan» reste néanmoins une institution du paysage médiatique belge. Créé en janvier 1945, l'hebdo ne cache pas alors avoir puisé son inspiration auprès du «Canard Enchaîné». Mais trois ans plus tard, «Pan» vire de bord sous la férule d'Ivan du Monceau de Bergendael.

Aux abois depuis plusieurs années, «Pan» a trouvé en 2002 un nouveau mécène, le producteur de films Dominique Janne. Il n'aura pas fallu un an pour qu'il coupe le cordon avec le rédacteur en chef, André Gilain, et ses acolytes. Fin 2003, M.Janne attirait dans ses filets un drôle de poisson, Nicolas Crousse. Un ex-journaliste du quotidien progressiste «Le Matin» nommé rédacteur en chef de «Pan» !

Ce mercredi 18 février, Nicolas Crousse ouvrira un nouvel acte dans l'histoire de «Pan» en lançant une nouvelle formule. Au-delà d'une forme globalement inchangée (quatre pages tabloïds, échos en enfilade, caricatures,...), le vent nouveau devrait surtout souffler sur le fond. Rencontre.

Vous avez hésité à reprendre les rênes de «Pan» ?

Tout à fait. C'était une idée à laquelle je n'avais vraiment pas pensé avant ma rencontre avec Dominique Janne. Je me posais de sérieuses questions sur l'indépendance du titre. J'ai toujours apprécié le traitement humoristique de l'actualité. Le côté délire me plaît assez... Mais on se trouve toujours sur une corde. Et «Pan» avait trop tendance à glisser. Ma toute première condition était donc d'avoir l'assurance d'être indépendant politiquement.

Quitte à faire de «Pan» un hebdo ancré à gauche?

Certainement pas! On veut être des francs-tireurs, en tirant là où il nous semble que c'est pertinent de le faire. Mais on tirera à gauche et à droite, comme j'ai pu travailler à gauche et à droite (ndlr: lire portrait ci-dessous). Je suis donc immunisé politiquement!

Quel est le projet éditorial?

Décrypter l'information officielle, en allant vers le non-dit. Éveiller le sens critique. Et, enfin, faire oeuvre de divertissement dans la mise en scène, presque théâtrale, de l'actualité. «Pan» doit avoir à la fois un regard sur la scène, les coulisses et la salle.

Et le souci d'informer?

Oui, très clairement. Un des gros changements de la nouvelle formule se verra en «une» où l'information réelle remplacera la pure fantaisie. On intégrera aussi un billet d'opinion, «L'humeur du vilain coco». On veut aussi redonner une place au journalisme d'investigation, avec le côté révélation du type «Canard Enchaîné».

Lorsqu'on découvre la nouvelle maquette, on se dit que «Pan» n'a pas vraiment changé...

Le changement se fera en douceur. Je ne veux pas reproduire l'erreur commise par «Le Matin» lors de la suppression du «Peuple» et de «La Wallonie», lorsque les anciens lecteurs avaient de facto été priés d'aller voir ailleurs... Il y a un public cible, dans les milieux politiques, du business et des médias, qu'on veut conserver tout en le rajeunissant. On ne veut pas se couper d'une tradition satirico-polémique.

Le changement apparaîtra prioritairement dans le ton?

Oui, mais aussi dans la création de nouvelles rubriques. Comme «le procès» d'une personnalité politique, avec un procureur et un avocat (ndlr: Daniel Ducarme ouvrira le bal dans le premier numéro...). On en profitera aussi pour revaloriser le style de l'écriture des articles. Autres rubriques: «Pan de banane»; «Le bulletin» d'une personnalité politique; «Pan dément» où on démentira des rumeurs; une interview originale; etc. On garde la rubrique cinéma et d'autres chroniques culturelles. Et on conserve nos caricaturistes, Johan De Moor et Nix.

Et qui va écrire «Pan» ?

Difficile évidemment de dévoiler le nom de certains. Mais la rupture avec le passé, et l'équipe d'André Gilain, est quasiment totale. «Pan», ça fait environ six personnes. Plus tous nos informateurs...

Quelles seront les limites à ne pas franchir?

La vie strictement privée des gens et leur entourage familial. C'est difficile de résister à une bonne plaisanterie, mais il faut d'abord penser aux dégâts personnels que cela peut provoquer.

© La Libre Belgique 2004