Médias/Télé à Biarritz

Sans surprise, ce sont les sujets les plus en prise avec le réel qui ont été plébiscités, samedi, lors de la clôture du 24e Festival de Biarritz. Regards sur la crise, économique ou personnelle, mais surtout sur des destins qui, soudain, dérapent ou, au contraire, prennent un virage inattendu.

C’est le cas de la série couronnée du Fipa d’or cette année. "Borgen" ou le destin de Birgitte Nyborg, femme politique qui est propulsée par la "magie" d’une alliance inattendue dans la course au pouvoir au Danemark. En découvrant les premières images, on ne peut s’empêcher de songer à l’anglaise "State of play" tant cette fiction fait son miel des dessous de la politique (négociations, mensonges, tractations, coups bas, etc.) et des relations troubles entre presse et pouvoir. "Commander-in-chief" et "24h chrono" mis à part, les exemples de fiction se penchant sur l’exercice du pouvoir au féminin sont trop rares pour s’en priver. C’est certainement ce qu’a dû se dire Arte qui diffusera prochainement cette série en 20 épisodes qui s’est également distinguée sur le plan musical (Fipa d’or de la meilleure musique).

Le Fipa d’argent dans la catégorie séries échoit à "Il était une fois la cité des fous" de Marco Turco, un drame "historique" qui a valu à Vittoria Puccini le Fipa de la meilleure interprétation féminine. Avec cette série qui explore l’évolution des traitements en hôpital psychiatrique, on n’est pas très loin de la chute vertigineuse de "Mère asphalte", Fipa d’or dans la catégorie "Fictions". On y suit l’errance d’une femme jetée à la rue avec son fils, par son mari. Outre le Fipa d’or, l’interprétation "impressionnante" de Marija Skaricic et la musique inspirée de Jura Ferina et Pavao Miholjevic ont assuré deux autres récompenses au film du croate Dalibor Matanic. Sera-ce suffisant pour qu’une chaîne européenne se décide à l’acheter et à la diffuser ? Pas sûr

"L’infiltré" de Giacomo Battiato ne connaîtra, heureusement, pas les mêmes questionnements puisque la fiction a été produite par Canal+. Ancrée dans l’Histoire, elle retrace le parcours d’Abou Nidal et les efforts des services secrets français pour réduire les menaces d’attentats terroristes sur le sol français dans les années 80. Très documentée et réalisée au cordeau, cette fiction jouit de plusieurs interprètes de talent dont le jeune Mehdi Dehbi, remarqué au cinéma, qui livre là une impressionnante vision du destin brisé des jeunes Palestiniens. Fipa d’argent et meilleure interprétation masculine : un bon tremplin pour une carrière à l’international. Où l’on voit aussi que la France est en progrès constant en matière de fictions politiques...

En revanche, on reste plus circonspect devant le choix du Fipa d’or dans la catégorie documentaires. Car si "Dreaming Nicaragua" de Marcelo Bukin est effectivement un film bien fait et touchant, il ne prend jamais suffisamment de hauteur pour dépasser le quotidien des quatre jeunes enfants qu’il filme. Le spectateur étant, dès lors, bien en peine de dire ce qu’il a réellement appris sur le Nicaragua Le Fipa d’argent couronne "Miehen Kuva" de Visa Koiso-Kantilla (Finlande), parcours chahuté d’un homme de 40 ans souffrant de problèmes de boisson.

Aucune contestation possible en revanche pour "Unforgotten islands", magnifique réquisitoire couronné dans la catégorie "grands reportages et faits de société". Un film inspiré, documenté et extrêmement interpellant contant l’invraisemblable spoliation des habitants des îles Chagos par les Américains et les Anglais. Une histoire d’autant plus scandaleuse qu’elle s’est déroulée il y a à peine plus de trente ans et toucha à l’époque plus de 2 000 personnes. Le film de Michael Daëron a aussi été primé par le jury des jeunes Européens prouvant, comme le fera remarquer le président du Jury, Andrew Orr, que "cette tragédie exemplaire touche de la même façon toutes les générations".

Le Fipa d’argent salue une autre mobilisation exemplaire datant de 2009. Présentée sous le titre un peu barbare de # Unibrennt - Bildungsprotest 2.0, elle retrace le "soulèvement" massif des étudiants, à travers l’Europe, pour le droit à un enseignement de qualité.

Enfin, c’est la dernière catégorie mais elle s’est classée n°1 dans le cœur des Belges. En obtenant le Fipa d’argent de la catégorie "musique et spectacles", Thierry Loreau et Pierre Barré concrétisent en effet un vieux rêve, après de nombreuses participations en festivals. Un prix qui salue leur collaboration harmonieuse sur le parcours du "Collegium Vocale Gent" de Philippe Herreweghe, film récemment diffusé sur la RTBF. Le vainqueur incontesté dans cette catégorie présente un univers à mille lieues de là. Avec "A drummer’s dream", c’est en effet la rencontre unique entre des percussionnistes de génie lors d’un camp d’été, en plein cœur de la nature canadienne sauvage, que retrace John Walker. Une démonstration vraiment époustouflante de talents venus du monde entier, qui n’ont certainement pas volé leur Fipa d’or.

Enfin, le prix Mitrani salue "Ward 54" de Monica Maggioni, une production de la Rai qui se penche sur les traumatismes subis par les soldats américains revenus d’Irak. Quant à l’Eurofipa d’honneur il est venu saluer le travail d’Arte et par conséquent de son président, Jérôme Clément, qui veille sur la chaîne culturelle depuis 20 ans.