Médias/Télé

Il a 25 ans, et il est désormais le maître de cérémonie de l'émission phare de La Première, Matin Première. 25 ans pour animer, passer les plats, accueillir, présenter des séquences info, faire le lien entre la régie et l'antenne, se frotter aux invités de 7h40... "Mon jeune âge surprend parfois", confie Pascal Claude, "mais je n'ai pas l'impression de démarrer dans ce métier. Je fais de la radio depuis 2000. C'est vrai que j'ai encore beaucoup de choses à apprendre, mais j'ai déjà mangé pas mal de micros... Et je suis loin de l'indigestion !".

Celui qui trimballe sa silhouette dégingandée dans les couloirs de Reyers, dès 4h, a longtemps tâté du micro sur Must FM (Habay-la-Neuve), où il avait mis le pied dans la porte avec un copain : "On animait le top 40 après l'école. On revenait de la piscine et on filait là-bas !", rigole-t-il. Puis, il a travaillé pour l'antenne arlonaise de la RTBF radio, là aussi après avoir frappé aux portes. Il s'est fait remarquer. Et s'est installé à la RTBF. Quand la direction de l'info a décidé de lui confier la tranche 6h-9h de La Première, ce Gaumais d'origine a dû entendre ses oreilles siffler. "Avant, à la RTBF, les jeunes allaient généralement dans les BLI (bureaux locaux d'information), et devenir présentateur était un aboutissement. Aujourd' hui, on fait un peu les choses à l'envers, et ça peut être mal perçu par l'ancienne génération." Cela dit, ce licencié en journalisme (UCL) ne se prend pas la tête, et poursuit son ascension avec une belle assurance. Même s'il nous accueille à 5h50 du matin avec un tonitruant "j'suis à la bourre !". C'est l'heure de relire une dernière fois ses textes et de se diriger vers le studio. Dans cette grande pièce flanquée de 8 caméras (l'émission est visible en télé sur La une), rien n'a été construit symétrique, pour éviter la réverbération.Journaliste et animateurIl est 6h, Pascal salue Laurent Daube (qui anime Tous les Matins du Monde de 4 à 6h) et fait le grand plongeon. Durant trois heures, il ne sortira pratiquement pas du studio. Autour de lui, en revanche, c'est un vrai ballet de journalistes. Mehdi Khelfat vient présenter le journal de 6h en compagnie de Betty Cleeren, Didier Delafontaine s'assied pour la revue de presse, Africa Gordillo annonce les titres du 7h,... etc. En 45 minutes, 7 voix différentes sont intervenues en direct. Et c'est Pascal Claude qui orchestre la danse. Le ton est assuré, presque nonchalant, mais la gestuelle traduit une certaine tension. Nerveux ? "Je ne pense pas. Si je bouge sur ma chaise, c'est pour me dynamiser, suivre le rythme de la musique pour intervenir quand il le faut..." Il en profite pour glisser : "J'ai envie que le matin, La Première swingue davantage." Les interventions se suivent et ne se ressemblent pas. Intermède musical. Désannonce : "Keziah Jones qui était en showcase hier à Bruxelles, et qui a terminé torse nu !" C'est la Claude "touch". Un trait d'esprit, une façon d'interpeller ses confrères à l'antenne (et parfois, de les désarçonner) avec une pointe d'humour, sans tomber dans la farce.

Benoît Patris, qui succède à Jean-Pierre Jacqmin à l'interview de 7h40, entre en piste avec Isabelle Durant. A l'écoute, le rendez-vous incontournable de la radio de référence de la RTBF paraît tendu comme un arc. Il est en fait plutôt décontracté, la coprésidente d'Ecolo et le journaliste papotant tranquillement hors antenne.

8h, le journal de Georges Lauwerijs. Pascal Claude s'éclipse pour écouter les questions d'auditeurs qu'il diffusera dans "Questions publiques". Ce moment où le citoyen apostrophe l'invité est probablement celui que le nouveau titulaire de Matin Première préfère. Il introduit les questions, recadre les répondants qui tergiversent - "donc Ecolo ne changera pas de nom ?" -, accompagné par Benoît Patris qui explore les interrogations postées sur le blog. "9h" arrive. Pascal doit encore préparer l'émission du lendemain. "C'est un boulot que j'aime. Quand je fais juste du journalisme, l'animation me manque, et vice-versa. Ici, je fais les deux, je m'y retrouve !" Mais de glisser, à bon entendeur, qu'il espère retrouver à terme le contact avec le terrain et la dim ension "reportage" du métier. "C'est bien de parler aux gens, mais il faut aussi aller à leur rencontre !"