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Au départ, tout ce qu'il voulait c'était convaincre. «C'est surtout une question d'habitude, je connais cela par coeur», affirme un docteur Adélaïde, très sûr de lui, au docteur Mosenne qui veut lui éviter la ruine en lui cédant son cabinet.

Car cet intellectuel brillant, médecin aux techniques de pointe, se fait fort de passer outre la réticence des habitants de ce bourg de Charente à l'idée de se faire soigner par un praticien... martiniquais. «Même les Charentais se mettront à l'électricité» glisse-t-il en guise de boutade à son hôte.

Récit contemporain et vrai

«Elevé comme un Blanc» par une mère qui ne voulait pas qu'il connaisse la même misère qu'elle et loin d'un père qui ne voulait rien savoir de lui, Pierre Adélaïde se rêve établi parmi les notables du pays. Pourtant, sa salle d'attente reste désespérément vide, les villageois lui préférant le rebouteux du coin et les bourgeois, se rendre à Angoulême. Accepté, finalement, comme le sauveur de la fille du maire, il ne voit pas que, sous le vernis mondain, le racisme demeure. Il faudra l'épisode de l'exposition coloniale et de son indigne «zoo humain» pour qu'il ouvre enfin les yeux... Passé le rejet de la couleur, reste le racisme ordinaire, l'indécrottable indifférence au sort de l'autre, de l'étranger... «Tu n'es pas noir, tu es excessivement brun», lui explique très sérieusement son «ami», Casimir Caillebois.

Tiré d'une histoire vraie, celle de Pierre Adélaïde, fils d'esclave antillais, devenu premier médecin noir sous la IIIeRépublique, le scénario de Virginie Brac, d'après l'idée originale de Michel Martens, recèle des accents très contemporains qu'on sait gré à une chaîne comme France 2 de mettre en lumière. Une mission dont elle se tire avec honneur car la force de ce téléfilm, signé François Luciani, tient à la justesse de son observation et de ses questionnements.

Sans manichéisme

Fiction sur les racines, le racisme ordinaire et l'indécrottable suffisance des nantis, «L'homme qui venait d'ailleurs» explore les multiples visages de la différence, l'ignorance et l'esbroufe, mais aussi l'extrême solitude et la tentation de vengeance qui en résultent.

Intelligent, complet et juste, «L'homme qui venait d'ailleurs» nous fait, en outre, la grâce de nous proposer un Pierre Adélaïde qui ne soit pas un être parfait. Ni même extrêmement sympathique de prime abord. «Antidreyfusard, bourgeois et vaniteux», se définit-il lui-même. On ne pourrait mieux dire et on serait même tenté d'ajouter: maladroit et emporté. De ceux qui voudraient que les problèmes disparaissent avant même de s'être posés, sur le seul crédit de leurs indéniables qualités...

Mais à force de se vouloir si semblable à la bonne société charentaise, Pierre Adélaïde ne finit-il pas par se retrouver étranger à lui-même? Face à cet homme qui ne sait plus qui il est, seule Léa, l'institutrice frondeuse et humaniste, tient bon dans une société qui se dérobe...

© La Libre Belgique 2004