Médias/Télé Luc Jabon signe un film sur le cinéaste belge et son œuvre sans concessions. La Trois, 22 h 30.

Ce jeudi soir, Luc Jabon dresse un portrait sensible du cinéaste Joachim Lafosse. "En 2001, j’étais le professeur de Joachim Lafosse en scénario à l’IAD, une des grandes écoles de cinéma en Belgique, indique d’emblée Luc Jabon dans Au-delà des mots, le cinéma de Joachim Lafosse H H. Et c’est vrai que les premières images de ‘Tribu’, son film de fin d’étude, m’ont bluffé. Cette histoire de séparation familiale dépassait de loin l’exercice d’école. Le français et le flamand se mélangeaient chez les comédiens comme dans les dialogues. Des plans séquences tournés en lumière naturelle, dans des décors réels, rendaient encore plus intense le déchirement de Jan, Pascale, Thierry (les personnages, NdlR.). Le cinéma redevenait brusquement quelque chose d’essentiel. Pour moi le premier."

Luc Jabon interroge les limites de Joachim Lafosse

Avec sept fictions en moins de quinze ans - dont les très remarqués "A perdre la raison" (meilleur réalisateur et meilleur film aux Magritte du cinéma 2013), "Les chevaliers blancs" et "L’économie du couple" - Joachim Lafosse se laisse cette fois observer par ses proches collaborateurs : les comédiens Catherine Salée et Kris Cuppens; ses co-scénaristes Matthieu Reynaert et François Pirot; ses producteurs Olivier et Jacques-Henri Bronckart (ainsi que Sylvie Pialat). Chacun évoque un cinéma qui se conçoit "au-delà des mots", une œuvre à hauteur d’hommes.

Mêlé de making of et d’images de tournage, le film de Luc Jabon interroge une approche définitivement transgressive. A travers la mise en scène, Joachim Lafosse touche, en effet, à l’inconscient, au doute, aux contingences de la vie et tisse des liens particuliers entre fiction et réalité.

Révéler les luttes intestines

"Comment raconter un quintuple infanticide ? Comment le traiter à travers une fiction cinématographique alors que ce geste tragique demeurera à jamais une énigme ?", s’interroge Luc Jabon, dans sa note d’intention. En chorégraphiant, répond-il, des luttes intestines; des déchirements familiaux (dans "Nue propriété", "Folie privée") aux faits divers les plus sordides (dans "A perdre la raison"). Notamment…

Luc Jabon parcourt enfin une filmographie marquée par la "dérision" mais aussi par le "désir de rassembler" et "de pacifier". "Je partage avec Joachim cette bataille contre le cynisme ambiant. Si on parle de la vie, c’est pour la changer, sinon, il suffit de la laisser s’écouler et d’en être le jouet. Le cynique rejoint avec le résigné le sentiment que nous ne pouvons pas peser sur le réel, que nous n’avons aucune prise sur lui. Si le cinéma ne peut évidemment pas changer le monde à lui tout seul, il peut le faire évoluer, l’humaniser. Il s’agit, encore et toujours, de prendre ce risque-là."