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La direction de RTL Belgium a fait part vendredi de sa "stupéfaction" face aux revendications affichées par la RTBF en vue de son prochain contrat de gestion. La chaîne privée dénonce surtout la demande de l'entreprise publique de bénéficier d'un mécanisme de compensation financière pour faire face à l'arrivée récente de la chaîne française TF1 sur le marché publicitaire belge. Réagissant à des informations publiées vendredi par L'Echo, RTL estime notamment qu'un tel mécanisme déboucherait sur une concurrence déloyale entre la télévision publique et la télévision privée. Pour le média, il en va du maintien du pluralisme de l'offre audiovisuelle.

Les pertes de recettes publicitaires de la RTBF ne sont pas uniquement dues à TF1 mais à un contexte global. Le mode de calcul préconisé pour la compensation, à savoir la différence entre les recettes publicitaires actuelles et celles de 2015-2017, pose donc "éminemment question", indique RTL dans un communiqué.

"Plus globalement, il est stupéfiant de constater que l'opérateur public subventionné à hauteur de 240 millions d'euros par an serait prêt à mettre à mal le fragile équilibre sur lequel repose le marché audiovisuel en Fédération Wallonie-Bruxelles et ce, alors que le seul acteur privé actif en termes d'emplois locaux est tenu de faire face seul à cette nouvelle configuration du marché publicitaire. Avec les conséquences sociales dramatiques que l'on sait pour RTL Belgium", poursuit l'entreprise.

Cette dernière fait référence à son plan de restructuration qui a débouché cette semaine sur le licenciement de 88 travailleurs. Un volet social qu'elle attribue en grande partie à l'arrivée de TF1, qu'elle subit davantage que la RTBF.

La direction de RTL Belgium implore le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles de refuser la demande de la RTBF ou de l'étendre "à l'acteur du secteur dont l'activité et les emplois sont impactés par l'ouverture des écrans publicitaires de TF1 aux annonceurs belges".

La société s'inquiète aussi d'une possible augmentation de 2% par an de la dotation annuelle de la RTBF (plus de 242 millions d'euros actuellement) ainsi que du "cadeau d'une 6ème station radio et d'une 4ème chaîne de télévision" qu'elle cherche, selon L'Echo, à obtenir. Il s'agirait de deux services pour les jeunes, dont la radio Tarmac qui existe déjà en ligne.

Le conseil d'administration de la RTBF doit se prononcer ce vendredi sur le texte de contrat de gestion que sa direction défendra lors des négociations avec le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

D'après la version que L'Echo a pu consulter, il est question plus généralement d'une évolution des missions de service public ne se limitant plus à la radio et à la télévision mais à l'ensemble des services "de médias audiovisuels", donc en ce compris sur internet et les réseaux sociaux. En radio et en télévision, les programmes devraient davantage s'adapter aux évolutions technologiques et aux habitudes de consommation.

La RTBF plaide aussi pour le renforcement des partenariats avec les producteurs du secteur audiovisuel (jusqu'à la création de co-entreprises) et la possibilité de recourir à de nouveaux formats publicitaires.

Suivant la volonté des députés francophones d'une plus grande transparence, le texte non encore avalisé prévoit enfin la publication des rémunérations et jetons de présence des membres de la direction et du conseil d'administration.

Ces derniers mois, le Parlement de la Fédération a passé des dizaines d'heures à auditionner les responsables de la RTBF, ses travailleurs, différentes parties prenantes et autres experts du secteur des médias pour se forger une opinion sur les contours du futur contrat de gestion. En janvier, il a cependant renoncé à élaborer des recommandations communes, vu l'ampleur des désaccords entre partis. Une situation qui laisse le champ libre au ministre des Médias, Jean-Claude Marcourt (PS).