Pour sauver la presse «people», tapez 1

Laurent Raphaël Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé

En perte de vitesse à la fin des années 90, la presse «people» française a retrouvé depuis des couleurs. Si elle n'explique pas à elle seule cette embellie, la télé-réalité y a en tout cas largement contribué.

Les «Ici Paris», «France Dimanche», «Voici», «Gala» et autres «Oh La!», qui se vendent chaque semaine à 2 millions d'exemplaires (pour un total de 7 millions de lecteurs, dont deux tiers de femmes), ont en effet profité à plein de l'engouement pour un genre télévisuel titillant les mêmes (bas) instincts qu'eux.

«Voyeurisme, identification, commérage, idolâtrie, chacun a sans doute ses raisons secrètes. Mais le résultat est le même, la presse people ne s'est jamais aussi bien portée avec quelque dix titres, seulement en France, des tirages en augmentation constante, relayés maintenant par la télévision qui fait du people ses choux gras», constate Jean-Max Mélean dans «MédiaMorphoses» de septembre, la revue de l'Institut national de l'audiovisuel.

Autrement dit, la télé-réalité aurait germé sur le terrain fertile de la presse à sensation, laquelle se serait en retour nourrie de l'enthousiasme déclenché par cette télévision miroir.

Même si toutes les revues n'ont pas exploité avec la même efficacité cette ferveur populaire, la plupart lui doivent ou leur début de rétablissement ou carrément leur retour à la croissance. «La diffusion de «Voici» est redevenue positive en 2002-2003 avec la télé-réalité, après avoir vu ses ventes baisser de 5 pc à 7 pc en 1999-2000», expliquait ainsi dernièrement l'éditeur du titre sans doute le plus emblématique de cette presse. Or, «Voici» a consacré 16 couvertures sur 35 à la télé-réalité en 2002 (contre 18 pour «Gala»), et déjà 15 rien que pour les 9 premiers mois de 2003. Difficile dans ces conditions de ne pas établir un lien entre ces «unes» quasi monothématiques et la remontée des ventes.

Société en crise

Le business des célébrités, même s'il a changé de nature, reste donc une affaire rentable, comme en témoigne d'ailleurs le lancement d'un nouveau titre pas plus tard que l'été dernier, «Public», dont la diffusion payée atteignait déjà 185000 exemplaires trois mois seulement après son éclosion.

Les raisons de cet attrait, qu'a tenté d'exploiter également la presse télé dans l'Hexagone, mais avec moins de bonheur semble-t-il, sont évidemment nombreuses. Et pas nécessairement de bon augure à l'échelle de la collectivité. «L'engouement pour la presse people peut se comparer à la montée faramineuse des jeux de hasard il y a quelques années. C'est le symptôme d'une société bloquée, en crise. Les gens attendent du hasard une réussite soudaine. La télé-réalité a amplifié cet aspect, la réussite étant assimilée à l'immédiateté», faisait ainsi observer le mois dernier dans les colonnes du «Monde» Jean-François Têtu, responsable de la section information et communication à l'Institut d'études politiques (IEP) de Lyon.

Marché sous influence

Ces machines à fabriquer du rêve que sont la «Star Ac» ou «Popstars» ont-elles eu le même impact chez nous? Oui et non. Précisons d'abord que le marché de la presse «people» au sens strict du terme est quasi inexistant dans le Sud du pays (à l'inverse du Nord, où des titres comme «Blik» ou «Zondags Blad» peuvent être rangés dans cette catégorie).

Pourquoi cette «exception culturelle» ? Sans doute en partie parce que les titres français occupent toute la place, même si les rares chiffres disponibles sur la diffusion des titres hexagonaux sur le marché belge ne permettent pas de parler de raz de marée. «Gala» n'écoulerait par exemple pas plus de 8750 exemplaires chaque semaine sous nos cieux.

Sans doute aussi parce que les célébrités sont trop rares en Communauté française pour espérer avoir des infos croustillantes à colporter chaque semaine. Le phénomène des BV (pour «Bekende Vlamingen») tel qu'il s'est développé en Flandre -surtout depuis le lancement de la chaîne commerciale VTM- n'a en effet pas d'équivalent de ce côté-ci de la frontière linguistique.

Cela étant, certains hebdomadaires francophones n'en lorgnent pas moins du côté de la presse «people», même s'ils revendiquent en façade une autre étiquette, celle de magazine télé ou de magazine d'information notamment. Qu'en est-il pour ceux-là? Ont-ils tiré parti du succès des émissions de télé-réalité comme en France? La réponse diffère en réalité d'un titre à l'autre.

Retombées variables

Si pour le poids lourd «Ciné-Télé-Revue» (dont la diffusion, en hausse constante, flirtait avec les 412000 exemplaires en 2002), les retombées sont assez marginales, en revanche, pour «Télépro», dont la diffusion a connu une forte augmentation en 2000 avant de se stabiliser et de repartir à la hausse cette année, les effets positifs sont plus visibles. Nadine Lejaer, sa rédactrice en chef, qui préfère parler d'émission de variétés pour la «Star Ac», admet ainsi «entre 1000 et 2000 exemplaires en plus» quand la couverture fait la part belle à l'émission vedette de TF 1 -étant entendu que c'est ce format-là qui draine le public le plus large. Ce qui a quand même été le cas à 13 reprises cette année. La responsable reconnaît toutefois que l'effet tend peu à peu à s'éroder, à la fois en raison de l'essoufflement du concept lui-même et de l'absence de candidats belges cette saison.

Quant à «La Libre Match», contrairement à sa consoeur française, elle a choisi tout simplement de ne pas jouer cette carte en 2003, ne consacrant qu'une seule de ses «covers» à l'événement. «On a eu de très bons résultats à l'époque de Mario. Mais aujourd'hui, même si l'émission jouit toujours d'une audience élevée en télé, son pouvoir d'attraction a sensiblement diminué», justifie Patrick Haumont, le rédacteur en chef du «news», confirmant par la même occasion l'importance de l'ancrage local dans le succès éditorial de ce phénomène médiatique.

La presse belge n'a donc pas été, à quelques rares exceptions près, galvanisée par les coups d'éclat de la télé-réalité. L'engouement de la première heure est à mettre sur le compte de la curiosité doublée d'un fond de patriotisme. Et ressemble fort en définitive, du point de vue des magazines, à un feu de paille...

© La Libre Belgique 2003

Laurent Raphaël

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