Médias/Télé

Médor’ est un projet à la fois fragile et ambitieux. On a vécu un démarrage sur les chapeaux de roues qui a dépassé nos attentes." Olivier Bailly, l’un des 19 cofondateurs du magazine belge d’enquêtes et de récits, ne cache pas sa satisfaction à l’heure de boucler le troisième numéro qui sort ce vendredi. Le premier opus s’est vendu à presque 10 000 exemplaires (alors que ses créateurs tablaient sur 3 800 ventes). "Grâce à des ventes qui sont au rendez-vous, ‘Médor’ pourra donc s’acquitter de son devoir de contribuable dès la prochaine échéance fiscale", se félicitent les auteurs du projet.

"Médor" a pu compter sur un allié inattendu pour se faire connaître. Fin 2015, la société pharmaceutique Mithra introduisait une requête en référé pour empêcher le lancement du trimestriel. La faute à un article du journaliste David Leloup qui contenait, selon Mithra, "des accusations extrêmement graves et inexactes". La justice a donné raison aux auteurs de "Médor" qui ont finalement pu sortir leur "mook" (mot-valise mélangeant magazine et "book"). David Leloup a même été couronné en mai dernier du prix Belfius 2016 de la presse écrite pour son enquête.

"Au-delà de Mithra, il faut dire qu’on avait 1 600 abonnés au moment du lancement. Il y avait déjà un soutien autour du projet , précise Olivier Bailly. C’est sûr que l’affaire Mithra a boosté à la fois la notoriété et les ventes. Mais ce que je constate aussi, c’est qu’après la sortie du deuxième numéro, on a continué à enregistrer des abonnements tous les jours. J’ai l’impression que la qualité journalistique qu’on espérait atteindre satisfait nos lecteurs. "

132 pages illustrées

Chaque édition est coordonnée par une rédaction en chef tournante composée d’un "pilote" et d’un "copilote". "Dans ce troisième numéro, on a notamment un cahier central sur le stade national. Le journaliste a suivi le sujet pendant plusieurs mois. Il s’est interrogé sur la facture pour le citoyen et sur les intérêts politiques qui tournent autour du dossier", détaille Quentin Noirfalisse, le pilote de ce "Médor" n°3.

Au fil des 132 pages, il sera aussi question de la collaboration entre polices belge et française lors de la traque d’un djihadiste présumé, d’une arnaque aux crédits hypothécaires au sein de la banque Crelan ou encore du quotidien des femmes de ménage raconté en bande dessinée.

Olivier Bailly ajoute que "Médor" travaille avec "des bouclages un peu particuliers". La rédaction a fait le choix de "renforcer la connivence entre l’écrit et l’image en faisant travailler en même temps l’auteur texte et l’auteur visuel". Mais les contours de cette collaboration doivent encore être précisés.

"Expérimentation excitante"

"Il nous est arrivé de mettre des auteurs visuels très tôt sur un sujet. On doit maintenant trouver le juste degré d’implication du travail de l’un et de l’autre. Un rythme plus serein ne nous ferait pas de mal non plus. Parce que nos bouclages ont chacun connu des nuits blanches pour l’instant…" Et la volonté de travailler uniquement avec des logiciels libres ajoute une contrainte supplémentaire. "Aucun autre magazine ne fait ça. Il y a une dimension d’expérimentation excitante", note Quentin Noirfalisse.

Le journaliste précise que "chaque auteur est accompagné par deux parrains dans la rédaction de son article. Ils proposent de l’aide pour la relecture ou pour vérifier certaines informations." Olivier Bailly y voit "une forme de regard bienveillant pour éviter que l’auteur ne se retrouve seul dans sa démarche. On a chacun nos réseaux donc on essaye de faire coller le sujet avec le profil du parrain."

Organisée en coopérative, l’équipe de "Médor" ne fait aucun mystère de ses coûts de fabrication et de la rémunération de ses pigistes. Tous ces chiffres sont accessibles sur son site Internet medor.coop.

A présent, le magazine qui a déjà conquis quelque 3 000 abonnés a faim. Objectif : augmenter le nombre de lecteurs pour stabiliser les ventes à 6 000 exemplaires à partir du cinquième numéro. Avec toujours le "deep journalism de terrain indépendant, exigeant et amusant" en ligne de mire.

"Médor" est en vente sur abonnement ou en librairie. Points de vente à retrouver sur https ://medor.coop/fr/magazine/acheter/