Médias/Télé

En France, cela fait un peu plus de trente ans déjà que le public a droit à sa matinale télévisée présentée par William Leymergie. En Belgique par contre, le modèle d’un "Télématin" spécialement créé pour l’heure du petit-déjeuner met du temps à s’imposer. Une question d’habitude bien sûr - on a plutôt tendance à écouter la radio d’une oreille au saut du lit plutôt que d’allumer son poste de télé - et aussi de moyens financiers pour les chaînes. Mais avec la multiplication des supports tels que les smartphones et autres tablettes, les diffuseurs ont bien dû se rendre à l’évidence : sans images, les seules matinales radio ne suffisent plus à capter l’audience.

Il y a quelques années déjà, la RTBF et RTL-TVI ont placé des caméras dans leurs studios de radio pour permettre aux auditeurs de vivre la matinale comme s’ils y étaient. Mais de la radio filmée à un véritable programme télévisé, il y a un pas… que la RTBF a enfin décidé de franchir en cette rentrée de septembre.

"Bonne humeur et rythme radio"

Depuis un peu plus d’un mois, Sarah De Paduwa est aux commandes du "6-8" en direct sur La une. Pour l’animatrice, le but de ce rendez-vous filmé dans un véritable studio de télé est d’apporter de "la bonne humeur et du rythme" dès les premières heures du matin grâce à de l’information et des chroniques diverses. Voilà pour le fond.

Du côté de la forme, Sarah De Paduwa est la première à le reconnaître : "C’est un produit télé, mais on s’est calqués sur une matinale radio. On a essayé de garder le ton radio. Donc ça va très vite, c’est très rythmé. Toutes les 3 ou 4 minutes, il se passe quelque chose, que ce soit l’info trafic ou la météo."

Après Sarah De Paduwa, Benjamin Maréchal prend le relais en même temps sur Vivacité et sur La une avec le "8-9" puis "C’est vous qui le dites". Le voilà pris entre deux médias, radio et télé, ce qui n’a pas été sans quelques ajustements. "Ça change beaucoup la technique de travail", détaille-t-il. "Ça demande une concentration beaucoup plus grande dans la mesure où il faut en permanence aller chercher la caméra du regard. Avant, quand on avait un auditeur au téléphone, on pouvait garder le nez dans nos notes. Maintenant, on a l’obligation de regarder droit devant nous." Quant à savoir si certains journalistes radio ont été réticents à l’idée d’être filmés, Benjamin Maréchal assure que non.

Francis Goffin, le directeur général des radios de la RTBF est du même avis. "La transition s’est très bien passée. Evidemment, il y a eu beaucoup d’essais en interne, mais il n’y a pas eu trop d’efforts de coaching à fournir."

Bon pour les audiences

Le résultat est là à en croire Francis Goffin. Les matinales radio diffusées en même temps sur les ondes et en télé ou la seule matinale télévisée ont eu "un impact positif" sur l’audience de La une et de Vivacité notamment. Car, semble-t-il, les téléspectateurs répondent présents dès le début de la journée. "Le matin en télé, c’est un public assez familial", analyse Sarah De Paduwa. "Ce sont les mamans qui préparent les tartines des enfants par exemple ou les personnes plus âgées."

Le passage à l’écran permet aussi aux diffuseurs de gagner de nouveaux publics. "Quand ‘C’est vous qui le dites’ est arrivé en télévision sur La deux, ça a fait connaître le produit. C’est plus efficace que toutes les pages de publicité. Et puis ça attire un monde de dingue. Les premières semaines où le studio était filmé, on atteignait parfois 30 à 40 000 appels en une matinée, ce qu’on n’avait jamais avant à la radio", se souvient Benjamin Maréchal.

Bel RTL relooke sa matinale

A RTL-TVI, les efforts sont plus modestes. Dès 4 h du matin, la radio est filmée et diffusée en direct en télévision. Rien de bien neuf donc, même si cette "radio-vision" lancée en 1999 a été modernisée mi-septembre avec, entre autres, un habillage relooké en haute définition et la possibilité de voir à l’écran les clips des musiques qui passent à l’antenne. Loin d’être un produit télé à part entière, "c’est un canal de notoriété pour la radio", explique Eric Adelbrecht, directeur de Bel RTL.

Mais une chose est sûre : un Télématin à la belge avec le ton de la télé, un véritable JT et des duplex sur le terrain, ce n’est pas pour tout de suite. Le format hybride, à la frontière entre radio et télé, constitue pour l’instant la norme.Ambroise Carton