Médias/Télé

La question est aussi ancienne que la première gazette : les médias sont-ils réellement indépendants ? Elle se pose en effet de tout temps et partout, de l’Italie aux Etats-Unis en passant par la Belgique et la France. Pour tenter d’éclairer la lanterne des téléspectateurs, "Questions à la une" livre ce soir deux reportages très intéressants.

Dans le premier, Journalistes et politiques sont-ils complices ? H H, Christophe Deborsu s’essaye à un délicat exercice d’autocritique de la RTBF Il part en effet de ces images où l’on voit un Elio Di Rupo ulcéré contre la RTBF, le 9 juin 2009, suite à la diffusion d’un reportage consacré à l’affaire Donfut. Cette séquence aurait dû se retrouver quelques jours plus tard dans un sujet de "Questions à la une" consacré aux élections régionales, mais le directeur de l’info Jean-Pierre Jacqmin en a décidé autrement. De quoi provoquer la colère d’une partie de la rédaction et de faire ressurgir l’ombre des pressions politiques sur la RTBF, et du PS en particulier. Aujourd’hui, Jacqmin explique sa décision en affirmant qu’il ne voulait simplement pas envenimer les relations tendues entre Di Rupo et la RTBF. Dans son explication, il lâche : "On sait bien qu’on aura encore besoin les uns des autres. On sait bien qu’il y a un rapport entre un homme politique et un journaliste qui fait qu’à un moment, il faut qu’il vous lâche des dossiers. Il faut qu’on puisse à un moment négocier." Rien de scandaleux là, mais c’est sans doute révélateur des liens qui peuvent se tisser entre hommes politiques et journalistes. Deborsu enchaîne avec quelques exemples plus ou moins frappants : RTL a-t-elle réellement blacklisté Richard Miller après qu’il a accordé l’émission d’émettre à AB3 ? Ancienne porte-parole de Charles Michel, Marie-Pierre Deghaye (RTBF) peut-elle conserver son objectivité ? De même pour Hakima Darhmouch (RTL), qui a travaillé avec Louis Michel ? Pourtant, le journaliste se veut rassurant dans sa conclusion

Il en est intéressant de noter que le ton se fait plus grave dans le second sujet : Nicolas Sarkozy menace-t-il la liberté de la presse ? H H. La distance avec le pouvoir est en effet un peu plus longue Coréalisée par la RTBF et la Télévision suisse-romande (et que l’on ne verra sans doute jamais sur aucune chaîne française), l’enquête est en effet très inquiétante. En revenant sur quelques exemples récents, on découvre combien les liens entre médias et pouvoir en France sont encore bien plus malsains qu’en Belgique. Avec, notamment, une réelle tendance à l’autocensure. La séparation de Sarozy et de Cécilia a-t-elle été ainsi annoncée par la presse suisse, tandis que les coulisses d’un déplacement du Président dans une usine où les ouvriers présents avaient été choisis selon un critère de taille (!) ont été révélées en Suisse et en Belgique, avant de rebondir en France.

Comment expliquer une telle frilosité ? Sans doute par les rapports étroits que Nicolas Sarkozy a tissés depuis longtemps avec les journalistes (qu’il tutoie, invites à discuter autour d’un verre ) mais surtout avec les grands dirgeants de presse privés. Ainsi, parmi les invités de la soirée du Fouquet’s le soir de son élection en mai 2007, on trouvait Nicolas Beytout (directeur de la rédaction du "Figaro"), Vincent Bolloré (Havas), Martin Bouygues (TF1), Stéphane Courbis (ex-président d’Endemol France), Serge Dassaut ("Figaro"), François Pinault ("Le Point") et Arnaud Lagardère (Europe 1, "Paris Match"). Ces liens d’amitié sont tellement étroits que Sarkozy n’a sans doute pas besoin d’exercer une quelconque pression réelle, il lui suffit de suggérer