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En proposant, jeudi, la suppression de la règle qui interdit à la RTBF de diffuser des écrans publicitaires 5 minutes avant et après les émissions pour enfants, la ministre Laanan a suscité de nombreux remous. Jusqu'au sein de la RTBF où cette suppression «va pourtant dans le sens de l'argumentation développée depuis toujours» par l'administrateur-général Jean-Paul Philippot. Pour preuve, les trois arguments régulièrement avancés depuis l'entrée en vigueur de la règle en 2003: « 1. dans le top des émissions regardées par les enfants, on en trouve beaucoup qui ne leur sont pas destinées; 2. dans ce même top, on constate une hégémonie quasi absolue de Club RTL; et 3. une part très faible des pubs, vues par les enfants, proviennent de la RTBF, l'essentiel est délivré par RTL et les chaînes françaises».

Le contraire aurait été étonnant puisque, jusqu'ici, la publicité était bannie des tranches-horaires réservées aux enfants sur la deux, à savoir: le matin entre 7 et 9h30; le midi (lu, ma, je, ve) entre 12h30 et 13h30; l'après-midi (lu, ma, je, ve) de 15h à 18h30 et le mercredi: 12h30-14h, 16h20-18h30.

«Pénaliser les émissions pour enfants de la RTBF pour protéger ceux-ci de l'influence publicitaire est un leurre», plaide Philippot qui cite un certain nombre de programmes familiaux (variétés, sports) dont les pubs ne sont pas bannies et qui, paradoxalement, comme le souligne aussi la ministre «génèrent une plus grande attention de leur part».

Cette règle supprimée, la ministre n'entend toutefois pas augmenter le volume global des publicités mais bien leur volume «économique» ce qui pourrait se réaliser grâce à une meilleure ventilation des écrans de pub (aujourd'hui surtout regroupés sur la une) et une augmentation des tarifs appliqués. Reste à savoir si le secteur suivrait...

Difficile en outre de prédire ce que cela changerait pour le budget RTBF, «on ne va pas lancer des chiffres en l'air, d'autant que cela dépend du choix des annonceurs, de l'audience et du volume des programmes concernés», note Pierre Vanderbeck, directeur marketing de la RMB. «Mais si l'on considère l'investissement publicitaire toutes chaînes confondues, moins de 5pc de cette masse concerne la deux. Club RTL, qui ne diffuse que des programmes achetés, engrange 40pc de la manne publicitaire. Et, la RTBF qui produit 20pc des programmes pour enfants qu'elle diffuse est bien mal récompensée de ses efforts». Sans cette règle, de nouveaux annonceurs pourraient être contactés et des tunnels de pub (sur la une notamment) seraient évités...

Le Parlement de la Communauté française et la RTBF ont un an pour se mettre d'accord sur le nouveau contrat de gestion de l'entreprise publique- dans lequel figure cette proposition (LLB du 21/10). Demeure une crainte, pour les téléspectateurs comme pour certains au sein de la RTBF: que la nouvelle ventilation conduise à des programmes entrelardés de pub comme cela se fait ailleurs...

© La Libre Belgique 2005