Médias/Télé

U n - deux - trois - quatre - cinq - six - sept - huit - neuf - dix. Allô, allô. Poste radiotéléphonique et radiotélégraphique de Laeken, près de Bruxelles. Messieurs les amateurs de téléphonie sans fil, nous allons vous faire entendre un concert dédié à Sa Majesté la Reine Elisabeth...» Suivit un concert d'une heure, mêlant extraits d'opéras de Wagner, Verdi, Puccini, des oeuvres de compositeurs français mais aussi belges. Dont le célébrissime «Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille» extrait de «Lucile» de Grétry qui avait inspiré le signal de pause de la RTB, au début et à la fin des programmes, lorsque la radio n'émettait pas encore jour et nuit.

Le 28 mars 1914, la Belgique écrivait une page de l'histoire universelle de la radio en diffusant un concert de musique classique depuis le domaine royal.

Bigre, c'était le début de la radiophonie chez nous et en Europe voire même, dans le monde. Une certaine incertitude plane sur cette «première» car la planète était moins médiatisée à l'époque et les archives moins bien gardées que de nos jours. La presse écrite revint cependant sur l'événement lors de divers anniversaires et à Reyers, l'on s'est dit que la reconstitution de ce premier concert était une belle manière de fêter les... 75 ans de la radio publique en Belgique -l'Institut national de radiodiffusion vit le jour en 1930 mais était l'héritier de Radio Belgique, créée en 1923- mais aussi les 175 ans de la Belgique. Résultat: Musiq3 mais également son alter ego flamande, Klara, ont décidé de faire rejouer ledit concert, ce mercredi 13, en présence des actuels souverains, le roi Albert II et la reine Paola.

Une passion royale

A l'identique? Presque... car dans un souci d'équilibre communautaire, l'on pourra écouter aussi la «Fantaisie n°3 pour piano» de Peter Benoît dont certaines mesures constituaient le signal de pause de la BRT. Mais le concert sera aussi l'occasion de rappeler que la Belgique fut toujours à la pointe du progrès radiophonique. Douze ans après Marconi et son expérience -réussie- de transmission de signaux télégraphiques sur une distance de 9m (!), Robert Goldschmidt et Maurice Philippson procédaient à des expériences de TSF depuis le palais de justice de Bruxelles. En 1914, étaient délivrées les premières autorisations pour l'établissement d'une station réceptrice à domicile. A l'époque, les programmes n'étaient guère copieux: les rares stations captables émettaient des signaux horaires, des bulletins météo et des transmissions avec des paquebots. On rappellera que les radio-amateurs devaient disposer d'un poste à galène. Après Léopold II, Albert Ier et Elisabeth s'intéressèrent de près à ces techniques nouvelles, notamment pour établir le contact avec la colonie. Et c'est ainsi que le roi Albert mit à la disposition de Goldschmidt la Villa Lacoste incorporée dans le domaine royal. La station télégraphique de Laeken en liaison avec le Congo fut une des plus puissantes au monde, mais ses promoteurs se proposèrent d'offrir un concert à la Reine. Il fut donné deux fois le 28 mars 1914.

Ce mercredi sur Musiq3 et Klara à 20h15

© La Libre Belgique 2005