Médias/Télé

EN 1829, À L’AUBE DE l’indépendance, naît le premier journal belge (ou plus exactement anté-belge) et le plus ancien journal de langue française au monde : Le Courrier de l’Escaut. "Malheur à la Hollande", "Rester libres ou mourir", le journal catholique, fondé par le Tournaisien Barthélémy Charles du Mortier, paraît sur fond de misère sociale, dans un climat de révolte face aux excès du gouvernement du Royaume uni des Pays-Bas.

En 1900, soit plus de septante ans plus tard, le nombre de quotidiens et périodiques d’opinion explose : 1100 journaux (dont 105 quotidiens) évoquent, souvent avec virulence, les grands événements qui jalonnent l’histoire de la Belgique.

Et pour cause… Dès l’indépendance, la liberté de presse est garantie par l’une des constitutions les plus libérales au monde. Le délit de presse et le droit de timbre sont d’application mais les écrivains, les éditeurs et les imprimeurs sont protégés - contrairement à ce qui se passe dans les autres pays d’Europe.

De nombreux proscrits - dont Victor Hugo - migreront vers nos contrées pour affranchir leur plume du régime de Louis Napoléon Bonaparte. A l’image d’une autre figure contestataire, l’Allemand Karl Marx qui - suite à son expulsion de France - dirigera le premier journal communiste au monde depuis Bruxelles, le "Deutsche Brusseler-Zeitung".

Véritable caisse de résonance de l’opinion publique et de la vie politique et sociale, l’histoire de la presse est indissociable de celle de la Belgique. Instrument de propagande, la presse est partisane, idéologique, d’opinion. A l’exception du "Soir" qui revendique une neutralité absolue (à l’origine par stratégie commerciale à l’égard des annonceurs). Fruit des clivages propres à la Belgique, entre catholiques et libéraux anti-cléricaux et, plus tard, avec la classe ouvrière, la presse belge a mené de véritables guerres idéologiques. Notamment lors de la première et seconde guerre scolaire, sur la question royale, le suffrage censitaire et universel, le rexisme, la collaboration avec l’Allemagne nazie, la fracture communautaire des années 60, dont l’affaire de l’université de Louvain, en 1968, etc.

Dans Le 4e pouvoir ** (1 & 2/2), Tristan Bourlard et François De Smet brassent ainsi 200 ans d’histoire de la presse, difficile à résumer ici. Sur un fil chronologique, de 1830 à aujourd’hui, à travers des images d’archives, des interviews d’historiens et de journalistes, les deux réalisateurs interrogent toutefois ce "quatrième pouvoir" et la santé démocratique du pays à travers les âges.

Ils évoquent également l’incroyable capacité d’adaptation de la presse écrite, contrainte de se réinventer au gré des multiples innovations techniques (et technologiques) : de la rotative offset de presse et la linotype à l’Internet mobile, en passant par le papier à base de fibres de cellulose,Au.M.