Médias/Télé Entretien

Le chemin fut long, parfois tortueux. Il aura en effet fallu une grosse décennie de palabres - entre éditeurs, rédacteurs en chef et journalistes de la Communauté française - pour (re)donner vie à un organe chargé de veiller au respect des règles de déontologie et imiter, avec sept ans de retard, le "Raad voor de Journalistiek" flamand.

Le combat en valait la peine puisqu’il a donné naissance, à l’automne dernier, au CDJ, pour Conseil de déontologie journalistique, lui-même étant l’émanation de l’AADJ (Association pour l’autorégulation de la déontologie journalistique). Si on considère que cette instance se compose de 40 représentants des éditeurs de presse, des journalistes et de la société civile (juristes, enseignants...), que sa compétence couvre tous les médias francophones et germanophones de Belgique, et que l’AADJ/CDJ bénéficie d’un budget annuel de 160 000 euros, il s’agit d’une première pour le sud du pays. "On a pris du temps, mais avec un avantage : le Parlement de la Communauté française a adopté un décret qui fixe un cadre et donne une légitimité au CDJ (ce qui n’est pas le cas en Flandre, NdlR)", explique André Linard, secrétaire général du CDJ et, à ce titre, chargé de faire fonctionner le nouveau venu de notre paysage médiatique.

Un mot sur André Linard: son parcours professionnel en faisait probablement le candidat idéal pour mettre le CDJ sur orbite. Juriste, il baigne dans les médias depuis longtemps. Comme journaliste (il a collaboré à la plupart des quotidiens francophones belges), mais aussi comme éditeur (il a créé et dirigé l’agence de presse InfoSud Belgique), enseignant, formateur (en Afrique, essentiellement). "Tout en étant dans le monde des médias, j’ai toujours été très intéressé par la réflexion sur les médias et, notamment, sur les questions éthiques et déontologiques". M. Linard a d’ailleurs rédigé un manuel destiné à apporter aux journalistes et à leurs employeurs les données essentielles pour pratiquer un journalisme "pertinent et responsable".

André Linard est entré en fonction le 1er novembre dernier. "On a déjà pu entrer dans le vif du sujet, à la fois sur le volet préventif de notre mission et celui des plaintes". Le secrétaire général du CDJ accorde énormément d’importance à son double rôle d’informateur-médiateur. Il a ainsi entamé une tournée des rédactions (quotidiens, radios, télés, ...) pour présenter le CDJ mais aussi, "et surtout", entendre les questions que les journalistes se posent en matière de déontologie. "Le secteur des médias et le métier de journaliste ont considérablement évolué, notamment sous l’effet des innovations technologiques". Dans ce contexte mouvant, poursuit M. Linard, il est redevenu urgent de "réaffirmer et adapter notre déontologie". Ce travail passera par une codification des règles existantes (chartes, règlements, etc.) et la rédaction d’avis et de recommandations plus ciblés. Dans cet esprit, le CDJ a entamé une réflexion sur la confusion qui peut exister entre publicité et information. Il prévoit aussi d’ouvrir le chantier, de la modération des forums sur les sites Internet d’informations.

Sur le volet des sanctions, le CDJ devra se contenter d’un rôle d’autorité purement morale... Un handicap? "Le CDJ ne sera pas un tribunal ! L’expérience en Flandre démontre toutefois que les avis, rendus publics, ont un réel poids dans l’opinion et constituent des points de repère pour les journalistes dans leurs pratiques professionnelles", répond André Linard. Et en cas de plainte, il entend privilégier la médiation. "J’ai déjà dû intervenir auprès de médias avec des effets positifs, sans que cela soit mis sur la place publique". La méthode se veut donc positive et constructive. Avec un objectif clair: donner à chacun - lecteur, auditeur, téléspectateur, internaute... - une "information citoyenne correcte", avec la garantie qu’"un certain nombre de règles déontologiques soient respectées". Utopie à une époque où tout un chacun peut s’auto-proclamer journaliste sur des supports de plus en plus diversifiés? "On verra... Je suis un optimiste lucide ! J’ai en tout cas une conviction : le CDJ répond à un réel besoin". Rendez-vous dans quelques mois pour un premier bilan...

AADJ - CDJ: Résidence Palace, 155 rue de la Loi, 1000 Bruxelles. Tél: 02.280.25.14. Courriel: info@deontologiejournalistique.be. Site: www.deontologiejournalistique.be.