Médias/Télé

À SAINT-TROPEZ

L a fiction télévisée va mieux... mais elle ne fera de progrès que lorsque les créateurs auront davantage de pouvoir.» Les propos sont de Claude Brasseur, président du jury de la sixième édition du Festival de la fiction de Saint-Tropez qui vient de s'achever. Emanant d'un acteur rompu au cinéma et au théâtre, depuis peu devenu héros récurrent d'une série (forcément) policière française, ils n'en ont que plus de pertinence. D'autant qu'au vu de la sélection et du palmarès de l'édition 2004, il semble que les créateurs en question, et surtout les diffuseurs qui les emploient, aient devancé ses attentes.

Sans prétendre à une inventivité digne des Britanniques ou des Américains, la création télévisuelle française - dont Saint-Tropez est l'une des vitrines privilégiées depuis six ans déjà -, a fait montre d'une belle vitalité en tournant, cette année, ses regards vers l'autre et l'ailleurs, forcément sources de découverte et de renouvellement. La preuve avec «Une autre vie», de Luc Béraud, dont l'interprète principal, William Nadylam, s'est vu décerner le prix de la découverte 2004 lors de la cérémonie de clôture, samedi soir. De la même veine altruiste, «Le voyage de Louisa», signé par Patrick Volson, a suscité l'égal enthousiasme du jury qui a remis le prix de la révélation 2004 à sa principale interprète, la toute jeune Mélèze Bouzid.

SANS FRILOSITÉ

Ces deux tragi-comédies fixent, l'une comme l'autre, avec intelligence, les enjeux de l'immigration et de l'intégration grâce à l'acuité de leur scénario et à la pertinence de leur réalisation. Si elles n'évitent pas forcément tous les écueils («Le voyage de Louisa», en particulier), l'une et l'autre prouvent que la fiction française (portée, respectivement, par France 3 et France 2) peut, à l'occasion, ne pas se montrer frileuse.

Deux autres créations confirment cette impression dans des genres pourtant très différents. D'une part, la série «A cran» qui, après une première apparition il y a deux ans, approfondit son sillon avec les mêmes énergie et talent; de l'autre, «Le silence de la mer», téléfilm signé Pierre Boutron d'après le roman de Vercors. Toutes deux ont d'ailleurs reçu plusieurs prix à l'issue de la compétition.

Epineuse histoire de descente aux enfers d'un flic que beaucoup croient toxicomane, «A cran 2: deux ans après» reprend le fil d'une intrigue inventive et soignée, dirigée avec punch et exigence par Alain Tasma. Une direction d'acteurs saluée par son équipe autant qu'appréciée par le jury puisqu'elle lui vaut un joli doublé: le prix de la meilleure réalisation et celui de la meilleure mini-série (l'histoire se décline en deux épisodes de 90 minutes). Egalement scénariste de son projet, Alain Tasma se voit encore gratifié du prix du meilleur scénario au même titre que ses coéquipiers Gérard Carré, Marie Montarnal et Gilles Taurand.Trois prix également pour le très beau «Silence de la mer» de Pierre Boutron (à découvrir le 7/11 sur La Une). Tout d'abord, ceux, incontestables, de la meilleure musique attribué à Angélique et Jean-Claude Nachon et du meilleur téléfilm dévolu à Pierre Boutron. A quoi s'ajoute celui de la meilleure interprétation féminine qui salue le jeu éloquent et empreint de délicatesse de la presque muette Julie Delarme. Son formidable partenaire, Thomas Jouannet, aurait sans conteste mérité de figurer à ses côtés, tant il est saisissant dans son rôle d'officier allemand racé et élégant, également déboussolé par une guerre qui les dépasse. Loin de nous, pourtant, l'idée de contester le prix du meilleur interprète masculin accordé à Bernard Le Coq pour son rôle dans «La fuite de Monsieur Monde» de Claude Goretta.Le prix spécial du jury attribué par la ville de Saint-Tropez échoit à «Malaterra», avec une mention spéciale pour le comédien Roger Pasturel. Cette production régionale de France 3 a la particularité d'avoir été réalisée à 80pc en occitan, patois encore très pratiqué à l'époque de l'intrigue (la guerre 1914-1918). En outre, le directeur de la photographie Serge Dell'amico a vu son travail sur «Malaterra» salué par le jury au travers du prix de la technique. Un film à découvrir le 13 octobre sur France 3.

Enfin, le prix de la meilleure série est attribué à «Péril imminent» d'Arnaud Sélignac avec Richard Berry, seule production de TF 1 récompensée dans ce palmarès. Mais avec 6 fictions de France 2, retenues en compétition, contre deux pour France 3 et une pour TF 1, les résultats n'ont, en fait, rien d'étonnant.

© La Libre Belgique 2004