Médias/Télé Imaginée par Taniguchi, la fable "Un ciel radieux" interroge notre rapport aux autres et à l’au-delà. Arte, à 20h55.

Tout va mal dans l’entreprise de Vincent Gréville (Dimitri Storoge) : une série de licenciements y est attendue d’un jour à l’autre. Pour éviter de voir le couperet tomber sur sa tête, Vincent multiplie les heures supplémentaires et avale dossier après dossier tel un zombie. Un soir, ivre de fatigue, Vincent percute un motard en sortant du travail. Depuis, il est plongé dans un profond coma.

Par un mécanisme étrange, l’esprit de Vincent est transposé dans le corps de Léo, le jeune homme avec lequel il a eu son accident tandis que son enveloppe corporelle est déclarée morte. Dans la chambre à côté, les parents du jeune Léo Desprez (Léo Legrand) en sont persuadés : leur fils pourrait se réveiller d’un jour à l’autre. Mais voilà qu’au moment fatidique, Léo se réveille avec, en tête, les souvenirs de Vincent Gréville, le quadra surmené qui l’a percuté.

Carambolage de destinées

Accréditant la thèse selon laquelle un accident peut changer le cours de plusieurs vies à la fois, Nicolas Boukhrief, à la fois réalisateur et scénariste d’Un ciel radieuxH H, se penche sur les conséquences de ce carambolage malheureux. Ce faisant, il tisse un bel hommage à l’œuvre du mangaka Jiro Taniguchi, auteur de l’histoire originelle.

A travers ce changement d’enveloppe corporelle, chacun des deux individus devient spectateur de sa propre vie et est invité à analyser les relations qu’il entretient avec les siens. Vincent, devenu Léo, ne reconnaît ni sa chambre, ni son look vestimentaire, ni ses goûts musicaux, ni ses goûts culinaires et il est devenu droitier. Quant à Léo, il ne sait plus comment se comporter avec ceux censés être ses proches…

Par touches subtiles et léger glissement, l’un et l’autre sont invités à questionner leur désir et leurs envies tandis que tous s’interrogent sur les notions de deuil et de perte. Disparu en février 2017, Taniguchi était fasciné par l’irruption du fantastique dans nos destinées. Une façon pour lui d’explorer des notions comme l’identité et l’altérité ou la famille et l’éloignement. Autant de parts essentielles de nos vies sur lesquelles il jetait un regard apaisé et bienveillant.

Comme dans cette histoire de transfert, l’esprit de l’un a déteint sur l’autre et Nicolas Boukhrief s’offre quelques plans d’une lumineuse et calme beauté qui doivent beaucoup à la tradition shintoïste.

Cette fable a les contours d’un cocon idéal, ce qui a valu à son jeune interprète, Léo Legrand, de voir son talent récompensé, en septembre dernier, au Festival de la fiction TV de La Rochelle.