Rendez-vous manqué avec l'Opus Dei

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé

Opus Dei, ange ou démon ? Son fondateur Josémaria Escriva a beau avoir rejoint la cohorte des saints du paradis, la question turlupine toujours les milieux médiatiques. Il est vrai que l'image... satanique que Dan Brown en a donnée dans le "Da Vinci Code", décuplée dans le film à travers les caricatures de l'horrible moine Silas et de l'évêque Aringarosa, plus mafioso véreux que pieux prélat, n'est pas pour rassurer les catholiques lambda et moins encore ceux qui ne se revendiquent pas de l'Eglise. L'OEuvre de Dieu, créée en 1928 par Josemaria Escriva, simple prêtre espagnol que le pape Jean-Paul II a élevé à la dignité des autels tout en faisant de son mouvement une très autonome prélature personnelle qui n'a pas de comptes à rendre aux évêques diocésains, traîne dès lors plus que jamais une réputation, à tort ou à raison, sulfureuse.

Même si c'est devenu un "marronnier" pour tous les journalistes d'investigation, on attendait beaucoup plus de l'enquête de Gérard Rogge et Jean-Michel Dehon ("Dossier Noir", la une) réalisée dans la foulée du film de Ron Howard mais aussi de la volonté d'ouverture affichée par l'Opus à cette occasion.

Là où on espérait une autre mise en perspective avec de nouveaux témoignages à charge et à décharge et même, Dieu (ou saint Escriva) sait, des membres de l'Opus, prêts à nous montrer qu'il ne faut pas confondre discret et secret, le duo Rogge-Dehon a essentiellement puisé dans les émissions antérieures. Pour cause : Gérard Rogge connaît bien le sujet pour l'avoir déjà abordé deux fois lorsqu'Escriva reçut les honneurs place Saint-Pierre. Il était dès lors intéressant de le voir remettre son ouvrage sur le métier. Espoir déçu : les témoignages de 2002 et, a fortiori, ceux de 1993 ont vieilli et le débat n'y a pas gagné. On connaissait les positions très critiques d'un Christian Terras (le rédac'chef du mensuel catho grinçant Golias) ou du "chasseur de sectes", le P. Jacques Trouslard (devenu malencontreusement "Trousselard"... dans un sous-titre) et celle à peine plus nuancée d'un Gabriel Ringlet face au discours officiel de l'Opus, incarné par son porte-parole, Stéphane Seminckx, qui a depuis lors été encore plus loin dans son engagement puisqu'il a été ordonné prêtre. Certes, nos confrères ont opportunément rencontré Patrice de Plunkett, un journaliste français qui a publié il y a quelques mois "L'Opus Dei, une enquête sur le monstre" (Editions de la Renaissance). Si cela a permis d'abattre quelques "canards" encore très vivants, supporters et adversaires de l'OD ont une fois de plus été renvoyés dos à dos. Gérard Rogge espérait que l'ouverture annoncée lors de la sortie du "Da Vinci Code" se concrétise mais au siège belge de l'Opus, on lui a précisé que "celles et ceux qui lui avaient accordé sa confiance en 1993 avaient été déçus par la manière dont il avait traité leurs témoignages". De son côté, l'abbé Seminckx n'attend certainement pas "que la RTBF encense l'Opus mais qu'elle pose au moins les vraies questions afin de pouvoir y répondre de la même manière..."

© La Libre Belgique 2006
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