Médias/Télé Les deux chaînes se sont penchées sur la "Belgique frappée au cœur". La Une, 20h.

En novembre 2016, nous avions réalisé une émission spéciale, un an après les attentats de Paris. Nous avions vu celle de la RTBF et on s’était dit que nous aurions eu plus d’infos en travaillant ensemble car nos préoccupations sont les mêmes, au-delà de la langue. On se connaît, on se croise, on se parle, il nous est déjà arrivé d’échanger des infos, mais nous n’avions jamais tourné ensemble" , précise la journaliste néerlandophone Caroline Van den Berghe. Avec son collègue Dirk Leestmans de la VRT, elle a réalisé (en néerlandais) une partie des interviews proposées ce soir en version doublée sur La Une.

"Notre idée de départ était de retrouver, un an après les attentats de Bruxelles, les gens qui étaient sur le terrain ce jour-là : policiers, pompiers, secouristes. Cette collaboration inédite avec la VRT avait tout son sens puisque c’est toute la Belgique qui a été touchée à travers ses voyageurs, ses navetteurs et ses services de secours", poursuit la journaliste.

Le sérieux reconnu des deux chaînes dans le traitement de l’information sur les attentats, et la symbolique de l’union nationale ont joué en leur faveur, reconnaissent la spécialiste du terrorisme Justine Katz et Nathalie Guilmin, éditrice de l’émission spéciale coprésentée par François De Brigode.

La mobilisation des équipes de la RTBF et de la VRT n’est pas que symbolique. Elle a permis aux équipes des deux chaînes publiques de rassembler leurs forces et leurs informations, ce qui leur a donné accès à des documents confidentiels et à des personnes-clés séduites par la portée de la démarche. "En outre, du fait même de cette collaboration, les personnes contactées n’ont pas dû répéter plusieurs fois leurs témoignages ou leur analyse" de cette journée restée inscrite dans toutes les mémoires.

"Et puis, même quand on est bilingue, il est important de bien formuler les choses, de veiller à ne pas trop en dire afin de respecter les enquêtes encore en cours. Sans oublier que sur des questions et des événements aussi graves, il est plus facile pour chacun de s’exprimer dans sa propre langue", souligne Caroline Van den Berghe.

Partage des savoirs et dépenses

Cameramen et journalistes francophones, preneurs de son et journalistes flamands, tout le monde a travaillé en bonne intelligence. Seul le montage des différentes interviews est commun, libre ensuite à chaque journaliste de réaliser la présentation et l’habillage qui conviennent le mieux à sa chaîne.

Autre partage des postes et des dépenses : la VRT s’est occupée des infographies tandis que les équipes de Keywall ont pris en charge les modélisations en 3D de l’aéroport de Zaventem. Les images de toutes les interviews ont été partagées, à charge pour chacun de réaliser les traductions nécessaires.



Victimes et sauveteurs face au souvenir du 22/3

L’image est forte lorsqu’on découvre François de Brigode et Justine Katz au cœur de l’aéroport de Zaventem, presque un an après les attentats meurtriers du 22 mars 2016.

Ensemble, ils retracent le fil funeste des événements qui ont marqué la Belgique entre le 15 mars - date de l’arrestation de Salah Abdeslam, considéré alors comme l’ennemi public n°1 - et le 8 avril, date de la fin de la cavale de Mohamed Abrini, fameux "homme au chapeau blanc" de l’aéroport.

Au fil de leur enquête sur La Belgique frappée au cœur H H, les journalistes de la RTBF et de la VRT ont "confronté leurs infos au vécu des différentes personnes de terrain" : les victimes, bien sûr, mais aussi les policiers, enquêteurs, pompiers, membres des services de secours et magistrats mobilisés. Des hommes formés, aguerris et entraînés dont tous gardent un souvenir aigu et, pour certains, parfois très douloureux de cette journée du 22 mars.

A l’écran défilent des documents confidentiels, des photos inédites, des reconstitutions en 3D de moments clés de l’enquête ainsi que des planques et du parcours des terroristes.

Le reportage de Gérald Vandenberghe et Ridha Ben Hmouda retrace le fil de cette journée noire, du point de vue des autorités comme de celui des victimes. Cette évocation permet de se repencher sur cette chronologie funeste de façon éclairante et à une juste distance qui permet l’empathie sans perdre de vue la dignité des victimes.

Tirer les leçons du 22 mars

Enfin, Pascale Bollekens et Geoffrey Michot ont analysé les couacs de l’organisation des secours, tel le délai (13 minutes !) pour communiquer la nature exacte de la catastrophe aux sauveteurs envoyés sur place. Un temps précieux qui, ajouté à celui de la lente mobilisation des certaines ambulances, aurait pu se révéler extrêmement dommageable.

Toutes les leçons de cette sombre journée ont été tirées car les autorités le redoutent : notre pays pourrait encore être la cible de la folie humaine.