Médias/Télé "Fenêtre sur doc" ouvre une nouvelle case de contrechamps tous les jeudis soir de l’été, à 21 heures sur La Trois.  Entretien. 

Pour le onzième été consécutif, la RTBF ouvre une nouvelle "Fenêtre sur doc", tous les jeudis. Très différents - tant par la forme que par les thématiques abordées - ces documentaires d’auteurs belges revendiquent une approche délibérément subjective. Cette case de contrechamps "dont le regard est plus cinématographique que télévisé", indique la responsable des coproductions, Isabelle Christiaens, s’ouvre dès ce soir sur une expérience peu ordinaire (lire ci-contre).

La représentante évoque une programmation éclectique : des "univers particuliers" , de la "poésie" , des "manières de filmer qui relèvent du charnel" , du "minutieux" , du "fascinant" , des "archives" , des "récits intimistes" qui "bousculent les codes" et "brisent les clichés" . "Il y a beaucoup de création en Belgique et les films reflètent ce foisonnement, poursuit Isabelle Christiaens. On a de la chance de pouvoir bénéficier de cases comme celle-là. La RTBF est toujours très bien cotée dans les festivals grâce à ces propositions audacieuses. Les festivaliers reconnaissent que l’on ose absolument tout. Et c’est vrai que nous sommes à présent les seuls, avec Arte, à offrir une programmation qui sorte à ce point des sentiers battus."

Qu’en sera-t-il après l’été ? Les soirées projections-débats se poursuivront-elles sur la RTBF ?

J’avance, je ne lâche pas cette idée.

La soirée consacrée à la commune et à la jeunesse de Molenbeek avait plutôt bien fonctionné…

Oui. Très bien. Au début de la soirée, 270 000 téléspectateurs nous suivaient. A la fin du débat, diffusé à 23 h 10 (juste après "Molenbeek, génération radicale", NdlR.), 22 000 d’entre eux étaient toujours là. Il y a donc eu un intérêt pour le film, mais aussi pour le débat. Même chose pour "La Voix des autres" de Léa Zilber qui faisait écho à l’enquête "Noir, jaune, blues". Sacha Daout avait également animé un débat après la diffusion du documentaire. Au cours de la saison 2017-2018, il y aura quatre événements similaires : deux seront programmés d’ici à fin décembre et deux autres, d’ici à juin 2018.

Avec quelles thématiques ?

Ce seront des films forts consacrés à des problématiques concernantes. Il y aura "Burning Out" de Jérôme Lemaire qui a filmé, pendant un an et demi, au sein de l’hôpital Cochin à Paris, où il a réalisé une véritable immersion. Ca se passe à Paris, mais ça pourrait tout à fait se dérouler en Belgique. Il observe avec beaucoup de finesse ce qui mène au "burn out" en filmant plusieurs salles d’opération, dans un service de chirurgie. S’y pressent les infirmières, les nettoyeuses, les chirurgiens, etc. On observe alors de manière concrète pourquoi les gens pètent "soudainement" les plombs. Le fait que ce soit dans un hôpital est d’autant plus concernant. Mais les mêmes mécanismes prévalent partout ailleurs. A l’occasion de la réouverture du musée de Tervuren en juin 2018, on consacrera également une soirée à la colonisation.

Qu’en est-il des autres thématiques ?

En principe, il y aura un débat autour du film "Le travail a-t-il un sexe ?", où l’on aperçoit les femmes rivaliser d’intelligence pour trouver des astuces. Ce n’est pas encore sûr, mais on aimerait également évoquer le film de Thierry Michel et Pascal Colson sur l’enseignement ("Enfants du hasard").

L’année dernière, les migrations, les attentats et les films inspirés de "Demain" constituaient les principales tendances de la rentrée. Est-ce toujours le cas ?

Ce n’est plus tout à fait la même chose. Il reste encore quelques films qui se veulent "positifs" comme "Demain". On en a besoin. C’est pourquoi, on essaye de les soutenir. Je pense à "L’Eau sacrée" que nous avons diffusé sur le plaisir féminin. Il n’y a pas que des choses épouvantables sur terre. Nous devons expliquer, dénoncer quand c’est nécessaire, mais il ne faut pas oublier les solutions. On aura aussi des documentaires consacrés à la mode, à la haute couture ou à Maurice Béjart.

Vous êtes toujours à budget constant : 1,9 million d’euros par an pour cinquante programmes coproduits ?

Oui, quoique nous ayons produit soixante-quatorze programmes cette année. Je ne sais pas si l’on fera autant l’année prochaine.