Médias/Télé

RENCONTRE

Le quotidien `Le Soir´ est en crise `extrêmement´ profonde. L'adverbe n'est pas le fait d'un journaliste grincheux du journal de la rue Royale ou d'un concurrent prenant un malin plaisir aux malheurs de l'ex-poids lourd de la presse francophone belge. Celle qui parle en ces termes n'est autre que Béatrice Delvaux, la nouvelle rédactrice en chef du `Soir´ - la première de l'histoire du groupe Rossel.

A l'âge de 41 ans, cette journaliste dont on vante les qualités professionnelles a fini par dire oui... En mai 2000, dans la foulée du départ de Guy Duplat, d'aucuns espérèrent la mettre sur le `trône´ de rédacteur en chef. Ce qu'elle refusa avec fermeté. Certains décelèrent dans ce `niet´ l'une des faiblesses de `Béa´ : son caractère hésitant. `Des gens n'ont sans doute pas voulu entendre, à l'époque, que mon souhait premier n'était pas d'être rédactrice en chef. On peut le croire ou non, mais je n'ai jamais pensé à cette fonction. J'ai trop le journalisme dans les tripes´, rétorque-t-elle.

COMBATTRE LES VIEUX DÉMONS

Le 21 décembre, Béatrice Delvaux était intronisée rédactrice en chef. `La pression exercée sur moi, de tous côtés, était devenue redoutable. J'étais sans doute parvenue au bout des non´

Raconte-t-elle, laissant l'impression qu'il a fallu la supplier - direction et rédaction comprises - de reprendre les rênes d'un journal en mauvaise posture. Sainte Béatrice, sauvez-nous...

Le diagnostic n'est guère réjouissant. La moyenne des ventes n'atteint plus `que´ 106 000 exemplaires. Et certains jours, concède l'ex-chef du service économie, la barre des 100 000 est percée. `Quand je suis arrivée au Soir en 1984, on ne devait pas être loin des 180 000´.

Béatrice Delvaux met cette lente glissade sur le compte de `vieux démons´ propres à la rédaction du `Soir´. Et d'expliquer que celle-ci a vécu pendant des années avec la conviction de réaliser `le´ journal de référence. `Il y a eu un phénomène d'embourgeoisement et d'autosatisfaction des journalistes. Nous étions forcément bons, point à la ligne. Nous n'avons pas vu le regard critique posé sur nous, ni entendu ce que les lecteurs nous disaient´.

Aujourd'hui, Béatrice Delvaux parle d'un journal ayant perdu de sa cohérence. Il faut rendre une personnalité au `Soir´, enchaîne-t-elle. A cette fin, elle a élaboré une `charte mentale´ que chaque journaliste devra avoir en tête. A travers une quinzaine d'adjectifs, cette charte ambitionne de décliner le nouveau label du `Soir´ : un journal généraliste belge, contemporain et progressiste `C'est un outil qui devra nous permettre d'éviter que chaque décision s'accompagne de longs débats´. Un journal progressiste? `Le Soir´ doit être en faveur du progrès social et démocratique, non partisan et critique´, résume-t-elle.

Béatrice Delvaux entend changer le journal `au jour le jour´ et `pas à pas´. Pas de révolution. Les premiers chantiers porteront sur la redéfinition d'une séquence Belgique cohérente (politique, société, vie quotidienne), une nouvelle offre culture/médias, une plus grande proximité régionale. Des ateliers seront aussi menés sur l'offre sportive et le journal du samedi.

Et la réduction du format du journal? `C'est prévu à l'échéance est 2004-2005. Il faut retrouver d'abord une personnalité et une qualité. Le format ne sera qu'un aboutissement´, assure Mme Delvaux.

UN CHOC SALUTAIRE

La rédactrice en chef n'élude pas la crise éclair liée à la nomination de Daniel Van Wylick, ex-directeur de `La Dernière Heure´, à la direction générale du `Soir´. Autant elle a trouvé sain la mise en garde des journalistes visant à dire qu'il n'était pas question de transformer `Le Soir´ en `DH bis´, autant elle soutient que `pour monter aux barricades, il faut instruire convenablement le dossier´

. Ce qui ne fut manifestement pas le cas.

L'incident Van Wylick, analyse Béatrice Delvaux, aura permis de créer un choc `très salutaire´, en clarifiant notamment le rapport de forces existant entre le patron de Rossel (Bernard Marchant) et la rédaction. `Je suis fortement liée au `Soir´ et aux valeurs qu'il incarne. Si on devait toucher à l'âme du journal, là je ne serais plus de la partie´, prévient-elle. Mais la volonté est bien de rebondir. Et vu la profondeur de la crise, le rédacteur en chef seul ne pourra pas redresser la barre. `La situation exigera une gestion de crise pendant au moins deux ans´, conclut cette économiste de formation.

© La Libre Belgique 2001