Médias/Télé

Assistant de Claude Goretta en cinéma, ancien réalisateur de grands reportages mais aussi de fictions télé, Raymond Vouillamoz a eu un parcours atypique: expatrié en France (La 5 et France 3) avant de venir reprendre la direction des programmes de la télévision suisse. Les spécificités de la télé publique n'ont donc pratiquement plus de secrets pour lui... «Il y a pas mal de similitudes entre la RTBF et la TSR bien que notre situation politique et économique soit plus saine. En Belgique, le budget dépend du bon vouloir du ministère alors que nous dépendons de la redevance qui nous est directement versée (moins un prélèvement pour les télés locales).»

Autre grande différence, la télévision publique suisse compte six chaînes (2 en français, 2 en allemand, 2 en italien) «mais nous avons des réunions mensuelles pour décider des actions communes. J'ai toujours été étonné du mur qui existe entre la VRT et la RTBF. Même si chaque chaîne louche vers son paysage audiovisuel frère, nous réalisons des séries communes: sur les grands peintres ou les écrivains suisses, où chacun fait un tiers du travail. Ce qui nous aide beaucoup aussi, c'est la clé de répartition. La Suisse romande ne compte que 1,6 million d'habitants sur les 7 au total. La clé de répartition ne tient pas compte de notre bassin de téléspectateurs mais bien de nos besoins.»

La région alémanique, quoique plus forte et plus peuplée, rétrocède de l'argent à la TSR pour son fonctionnement. «La volonté du législateur est d'avoir des médias forts dans chaque région. C'est le système suisse où l'unité du pays dépend de sa diversité et du respect de ses minorités. Ce ne sont pas des mots mais des actes. C'est ce que traduit le nom donné à la société qui chapeaute nos télévisions et radios publiques: «Idée suisse». Un concept que l'étranger ne comprend pas forcément...»

Si la Belgique a peut-être des leçons à prendre de ce côté-là, une énorme différence subsiste en matière de paysage audiovisuel: sans concurrent privé, la TSR n'a de souci à se faire que face à l'offre des chaînes françaises, TF 1 et M 6 en tête. Une situation faussement confortable. «Nous sommes à la fois service public et télévision nationale. Si les Suisses romands veulent regarder une télé qui parle d'eux, ils doivent venir vers nous, mais c'est aussi une responsabilité écrasante...»

© La Libre Belgique 2004