Se souvenir des belles choses

My.L. Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé

Le 17 avril 1958, l'Exposition Universelle et Internationale de Bruxelles ouvrait ses portes au grand public. Au très très grand public, puisqu'on estime que 42 millions de visiteurs ont foulé l'esplanade du Heysel pour découvrir la première expo d'après-guerre. Soit, comme le promettait l'étoile stylisée à cinq branches dessinée par Lucien De Roeck, une promenade au travers des cinq continents. Un planisphère en miniature, qui cristallisait l'état du monde et des relations géopolitiques en cours en 1958. A ce moment-là, l'homme croit de tout son coeur en la technologie comme promesse de bonheur. A ce moment-là, on est en pleine guerre froide et la décolonisation est dans l'air...

A ce moment-là, la RTBF existe déjà (en tout cas, sous l'acronyme INR), et elle a pu conserver des archives de ce qu'elle a filmé. Elle a donc puisé dans ce trésor pour étoffer l'émission de variétés qu'elle propose ce soir, autour du jubilé : Quelque chose en nous de... L'Expo 58 ê ê. C'est la première fois que le show est consacré, non pas à une personnalité (Annie Cordy, les frères Taloche...) mais à un événement. La une a aussi fait appel à ses téléspectateurs, ceux qui avaient filmé l'Expo en couleurs, pour diffuser des images inédites et plus saisissantes encore.

Aux commandes de ces quelque deux heures de souvenir, Armelle et Jean-Claude Defossé, en costume d'époque : imper pour lui, robe imprimée et caban rétro pour elle. La journaliste n'a pas vécu les fifties. Elle passera donc les plats. Le vieux briscard de la télé, lui, était en plein dedans. Le couple fait son entrée en scène en pousse-pousse, histoire de souligner que Defossé, en 1958, travaillait à l'Exposition Universelle de Bruxelles : il conduisait ces fameuses voiturettes à pédales qui permettaient aux visiteurs fainéants de ne pas user leurs semelles dans les allées. Le présentateur de "Questions à la une" avait même dû mentir sur son âge pour pouvoir décrocher le job, puisque quelques poussières le séparaient encore des 18 ans.

Le duo orchestre donc cette soirée, riche en archives et en invités : Annie Cordy pour une interprétation ­- très seule -­ de "Hello le soleil brille", Dany Brillant reprendra "Volare", une chanson de circonstance puisqu'elle était dans tous les transistors en 1958. José Van Dam préférera se rappeler de son job de téléphoniste au Heysel pour payer ses études (lui aussi avait triché sur son âge), de la flèche du génie civil, du pavillon autrichien où l'on dispensait des cours de musique, et des toilettes publiques payantes...

De tous ces souvenirs, tous ces magnétos Technicolor ou non, on retiendra surtout ces images terriblement émouvantes, au charme suranné : celles du dernier jour de l'Expo. On balaie, on démonte. La Belgique joyeuse ­comme on appelait ce petit Bruges en stuc ­ n'a plus rien de riant, et paraît presque avoir été la victime d'un bombardement. Janine Lambotte, qui présentait le magazine quotidien de l'Expo depuis un studio, dans le Heysel, le retrouve vide et morose. Elle veut croquer une dernière pomme dans son petit paradis, mais les gardes l'en chassent. Les grilles se ferment derrière elle, derrière le plus formidable salon des innovations, la plus extraordinaire foire aux illusions qu'ait connu la Belgique.

My.L.

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