Médias/Télé

C’est l’histoire d’un type presque ordinaire, ni riche (l’administration, longtemps, n’a su que faire des artistes et de leur statut balbutiant, Claude Semal en a fait les frais) ni très célèbre ("j’ai réussi malgré ma voix", sourit-il, là où sa consœur et complice Maurane doit son succès à sa voix, justement, "c’est toute la différence "). Un type qui vit à Saint-Gilles et va chercher son fils à la crèche ("Comment, mon chéri? Ah oui, c’est une voiture"), tendre et fier jeune père quinquagénaire. Un type qui est parti en camionnette avec ses comparses roder à Créteil, en région parisienne, le concert qu’il allait donner ensuite, fin octobre, au Bozar de Bruxelles. Un type qui chante sous toutes les coutures le "Pays petit" dans lequel il vit (c’est aussi le titre de la savoureuse chronique qu’il signe pour le bimestriel "Imagine"). Un type dont un spectacle a fait date: "Odes à ma douche" fut joué quelque 300 fois dans toute la francophonie et fit de lui une "révélation" en 1987; "difficile de n’être qu’une fois la révélation", dit aujourd’hui sans amertume celui dont ces honneurs jadis n’ont jamais engourdi la créativité.

Semal nécessaire H H H , c’est l’histoire d’un type qui a su conjuguer la révolte et la bonté, d’un praticien de l’ironie qui semble toujours préférer la tendresse au cynisme, ainsi que le souligne Frédéric Dussenne, metteur en scène. Car Claude Semal est aussi homme de théâtre, à qui l’on doit récemment "Ubu à l’Elysée", créé avec Ivan Fox, son complice déjà pour l’irrésistible "Œdipe à la ferme". Concepteur et inventeur de ses propres spectacles, Semal est interprète aussi, au cinéma notamment, toujours à l’affiche d’ailleurs, quoique fugacement, en chauffeur de bus dans "Les barons" de Nabil Ben Yadir. Dans "La raison du plus faible", il jouait sous la direction du réalisateur Lucas Belvaux, qui voit en lui "un acteur qui se mérite".

Tangy Cortier étoffe encore son portrait d’interventions de l’auteur-compositeur-interprète André Bialek, comparse en belgitude et dont l’activité de chanteur fut contemporaine du temps - 1974-1981, en gros - où le tout jeune Semal à la chevelure flamboyante, d’artiste de cabaret, est devenu "révolutionnaire professionnel", œuvrant à l’hebdomadaire "Pour". Un engagement de conviction, avec en toile de fond un chagrin d’amour: "Je me sentais libre comme une chaise vide; mais une chaise sur laquelle personne ne s’assied, ça ne sert à rien, raconte Claude Semal. Ma disponibilité, j’ai voulu la mettre à la disposition des idées auxquelles je croyais." Ces idées qui, aujourd’hui encore, lui font privilégier pour ses spectacles le rideau rouge, celui du cabaret, mais pas seulement

Semal l’effronté, insoumis, ému et émouvant. Qui offre "Les petites filles" au pied d’un arbre à Carine et Gino Russo, avant d’en faire une chanson pour le public. Qui chante "Semira" et "Noble B". Qui s’attable à la brasserie Verschueren ou commande des frites chez Antoine. Semal aux yeux qui brillent, au sourire en profondeur, aux émotions fortes inscrites sur son visage, à la rousseur doucement déglinguée. La caméra de Tanguy Cortier ne triche pas, pas plus que celui dont il dresse ce portrait sincère et sans complaisance. Nécessaire.

Rediffusion le dimanche 27 décembre sur La deux à 22h45.