Médias/Télé "Jour de relâche" diffuse "Sylvia", grand succès de la rentrée. La Trois, 21h05.

Créé en septembre dernier au Théâtre national, à Bruxelles, le nouveau spectacle musical de Fabrice Murgia et An Pierlé a séduit un public nombreux. Pour son magazine consacré aux arts de la scène Jour de relâche, La Trois en a produit une captation sensible, réalisée et montée par Julien Bechara.

Délicate entreprise quand il s’agit de transmettre, via le petit écran, un objet qui lui-même intègre théâtre, musique et cinéma. Car Fabrice Murgia a imaginé Sylvia *** comme une œuvre composite et complexe. Non pas un simple biopic de la poétesse et féministe américaine Sylvia Plath (1932-1963) mais un portrait à facettes multiples, passant lui-même non seulement par l’interprétation théâtrale, mais par la composition d’images et de sons. 

© Hubert Amiel

Ainsi les neuf actrices qui prêtent leurs traits et leur voix à Sylvia (Valérie Bauchau, Clara Bonnet, Solène Cizeron, Vanessa Compagnucci, Vinora Epp, Léone François, Magali Pinglaut, Ariane Rousseau, Scarlet Tummers) évoluent-elles sur un impressionnant plateau de tournage - terrain d’action de la talentueuse Juliette Van Dormael - surplombé de l’espace d’où jaillissent la musique et les mots d’An Pierlé en formation de quartet.

Parti pris visuel

Spectacle remarquablement construit et abouti, Sylvia contient son propre making of et ne cache rien de sa fabrication, avec ses changements à vue, la présence intégrée (jusqu’aux costumes) des techniciens de plateau, ses coulisses, jusqu’à la réflexion même des protagonistes sur la figure de Sylvia et ses contradictions.

Avec son parti pris visuel typé des années 50-60 - décors, robes à jupe corolle, escarpins… -, le spectacle pour autant n’escamote pas l’esthétique contemporaine pour traiter de sujets qui, éclairés par leur contexte historique, demeurent éminemment actuels. 

Les actrices, autant d'incarnations de Sylvia dans une esthétique années 50-60, et la musique d'aujourd'hui signée An Pierlé.
© Hubert Amiel

Une femme et ses démons - sa bipolarité qu’on nommait alors maniaco-dépression -, ses aspirations et ses impasses. La place de l’artiste par rapport à son sujet, à son personnage, à sa création. La place de la femme quant au rôle qu’elle accepte, à celui qu’elle se donne, à son désir, à la culture. Et l’écriture, le véritable amour de la vie de Sylvia Plath. Une femme plurielle donc, et ce que le metteur en scène (et directeur du National) Fabrice Murgia appelle sa "polémique intérieure".

Mené à bien malgré les obstacles et notamment le refus des ayants droit d’y collaborer, le projet Sylvia "rend toute sa vérité à Sylvia Plath et donne envie de retourner à ses écrits", soulignait Guy Duplat dans sa critique.

Si elle ajoute une strate à ce feuilletage déjà dense (d’images, de narrations, de sons, de langues, d’interprétations, de lectures), la réalisation télévisée ne grève jamais la lisibilité de l’ensemble, pris en compte dans toutes ses dimensions. 

Julien Bechara, qui signe aussi le montage de cette captation, respecte le regard du metteur en scène, de la réalisatrice Juliette Van Dormael, de la compositrice An Pierlé, en offrant une plongée intense dans ce qui se présente déjà comme une des plus fortes créations de la saison.

  • "Sylvia", La Trois, 21h05