Télévision à la carte

PAR LAURENT RAPHAËL Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé

ÉCLAIRAGE

Maintes fois annoncée, maintes fois reportée, l'arrivée de la télévision interactive ne serait plus qu'une question de mois. Les obstacles techniques (choix d'un standard unique, diffusion numérique, etc.) qui ont compromis jusqu'ici son introduction massive seraient en passe d'être levés.

Reste toutefois une incertitude majeure. Est-ce le Net qui investira la télévision ou l'inverse? Autrement dit, regardera-t-on la télévision sur son PC ou surfera-t-on sur son poste de télévision? Les avis sont partagés. Des arguments plaident en faveur des deux options. Les partisans de la Web TV font ainsi valoir qu'il est plus simple d'intégrer la télévision dans l'univers interactif d'Internet plutôt que de chercher à reconfigurer le petit écran en outil de navigation. Avec tout ce que cela exige comme adaptations (décodeur numérique, télécommandes appropriées, etc.).

En face, l'argument massue invoqué par les opérateurs est la place que tient la télévision dans les foyers comparée à celle du PC. En 1997, on recensait ainsi plus d'un milliard de téléviseurs dans le monde contre seulement 250 millions d'ordinateurs. Il serait donc plus facile de convertir la population à l'interactivité par le biais de cet outil qu'ils connaissent bien.

Sans doute l'issue de cette bataille dépendra-t-elle une fois de plus d'impératifs technologiques. Il est plus que probable que le camp qui réussira le premier à mettre en place les dispositifs techniques indispensables au dialogue client-opérateur (la transmission numérique pour la télévision, les lignes à haut débit pour le Net) emportera le gâteau. Et quel gâteau puisque selon Forrester Research, l'iTV pourrait générer à l'horizon 2004 un chiffre d'affaires de 20 milliards de dollars, contre 674 millions en 1999.

Or, si l'on en croit le cabinet Jupiter MMXI, l'Internet à haut débit ne touchera pas plus de 10 millions de foyers européens d'ici 2003. Un retard sur les prévisions qui s'expliquerait notamment par la faiblesse de la concurrence entre opérateurs et le prix élevé de cette technologie (50 euros en moyenne pour l'accès, 200 pour l'installation). Ce contretemps pourrait profiter aux opérateurs audiovisuels (d'autant que 75 pc des télévisions seront équipées pour accéder au Net dès 2001 selon Forrester Research) qui ont tous dans leurs tiroirs des projets numériques plus ou moins ambitieux (cf l'accord RTBF, RTL et Canal+ pour le lancement cet été d'un réseau numérique hertzien à Bruxelles).

L'avènement de la télévision bidirectionnelle va évidemment bouleverser les contenus. Certains n'ont d'ailleurs pas attendu de connaître le support qui s'imposera pour développer des services qui s'inscrivent dans cette logique interactive. Et ce à la fois sur le Net et en télévision.

Ainsi, les chaînes qui diffusent déjà leurs programmes au format digital proposent-elles divers services annexes impliquant la participation du téléspectateur. Cela va du guide des programmes auquel on accède depuis sa télécommande (voir encadré) aux jeux interactifs (PlayJam, disponible aussi bien sur TPS que sur CanalSatellite, les deux bouquets français), en passant par les paris (le PMU en ligne aurait l'an passé généré plus de 17 millions de francs français). Du côté du bouquet de Canal+ Belgique, en revanche, l'offre est plutôt limitée. L'interaction se limite à un «pilote» qui facilite la navigation entre les différentes chaînes.

Sur le Net aussi, l'offre télévisuelle est en plein essor. «Le Monde» de jeudi rapportait ainsi cette initiative de la NBA qui a décidé de diffuser un match de basket-ball en direct sur le Net. Seul inconvénient avec les Web TV, pour suivre un programme sans hachures, il est impératif d'être équipé d'une liaison haut débit. On en revient donc une fois de plus à la question de la technologie. Ce n'est que lorsqu'elle sera résolue que le consommateur pourra pleinement profiter des avantages du nouveau média. Patience, donc

© La Libre Belgique 2001

PAR LAURENT RAPHAËL

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