Médias/Télé Correspondante à paris

Peu d'exemplaires ont circulé avant la sortie, jeudi, en librairie. "Sinon, nous aurions eu quelques difficultés à travailler", nous dit l'éditeur, Marc Grinsztajn. S'il n'apporte pas de révélations, "Madame, Monsieur, Bonsoir... Les dessous du premier JT de France" (1) est un ouvrage très dur, désabusé, sur les coulisses de la rédaction de TF1. Cinq journalistes, anonymes, ont beau assurer qu'"il ne s'agit pas de mettre le feu à la maison, juste de provoquer un électrochoc", ils ne font pas dans la dentelle. Premières cibles : les stars de l'info. Patrick Poivre d'Arvor y est décrit comme tyrannique, dilettante. "Irascible. Chacun dans la rédaction s'attache à prévenir ses colères; on les craint. Destructrices, blessantes. [...] Il n'écrit que très peu son journal et se contente souvent de corriger ceux qui l'ont fait pour lui." Sans avoir lu le livre, l'intéressé se disait, jeudi, persuadé que "tout ceci est faux", dénonçant "la lâcheté" des auteurs dans les colonnes de "La Dernière Heure".

Jean-Pierre Pernaut n'est pas épargné : "Son côté beauf de droite décomplexé le rend presque sympathique." Claire Chazal non plus : "Il y a quelque chose de Marie-Antoinette chez elle. La vraie simplicité des gens bien nés qui, malgré eux, vous renvoient à votre piètre condition." Astiquant à longueur de pages leur directeur de l'information Robert Namias, les journalistes dénoncent aussi les manifestations de la collusion entre la direction de la chaîne privée et Nicolas Sarkozy. Comme ce fameux soir du 6 mai 2007, où ,"dans les salons réservés aux VIP, le champagne coule à flots depuis 18h30. [...] On fête bien l'élection de Nicolas. Sans ambiguïté ni gêne aucune".

Légitimité

Les auteurs racontent encore les conditions d'exercice de leur métier (très privilégié) de journalistes de télé sur le terrain, en salle de montage..., souvent dans l'urgence, rarement avec réflexion et recul. L'ensemble est brossé à gros traits dans une écriture très télévisuelle. L'ironie en sus. Mais c'est l'aspect le plus intéressant du livre, qui a d'abord valeur de témoignage, les auteurs étant "convaincus de parler au nom de la majorité longtemps silencieuse". Leur éditeur assure que ce sont "des opinions exprimées légitimement au regard de l'ancienneté et de la fonction des auteurs", pointant "l'intérêt citoyen" du livre. "On ne peut pas se réjouir d'être à la fois la première chaîne, ayant une telle importance en termes politiques, économiques et publicitaires, et s'étonner que l'on s'interroge sur cet instrument d'influence", conclut Marc Grinsztajn.

(1) Editions du Panama, 168 pages, 15 euros.