Tout a commencé le 31 octobre 1953

Pierre-François Lovens Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé

La télévision belge fête son demi-siècle. 1953-2003: cinq décennies d'une aventure à la fois passionnante et amère. Alors que la RTBF s'apprête à mettre les petits plats dans les grands pour marquer l'événement (lire ci-contre), l'entreprise publique devenue autonome se prépare en effet à se séparer d'environ 20 pc de son personnel pour cause de «plan Magellan». Soit la mise au frigo de toute une partie de la mémoire de la maison Reyers.

A 52 ans, Philippe Caufriez s'est vu confier en avril dernier la coordination des cinquante ans de la télévision belge. Ex-patron de Musique 3, M.Caufriez rappelle opportunément que ce sont des gens de radio qui, voilà 50 ans, lancèrent une télévision expérimentale à Bruxelles.

L'envol en 1958

Le 31 octobre 1953, sur le coup de 20 heures 30, la speakerine Andrée Rolin fait une brève intervention depuis le studio 5 de la place Flagey, siège de l'INR. Dans le studio 6, l'INR flamande se lance aussi dans l'aventure. Le programme débute avec un relais du journal télévisé français de la RTF, suivi d'une émission du type cabaret. Cette première soirée ne dure que deux heures. «Il faut bien avouer que l'événement passe relativement inaperçu. A l'époque, la radio était le média dominant et la direction de l'INR ne croyait pas beaucoup dans le potentiel de la télévision», souligne Philippe Caufriez.

Les émetteurs de l'INR sont situés au Palais de Justice, avec une portée limitée à un rayon de 40 kilomètres. Il faudra attendre 1954 pour avoir des émetteurs à Liège et 1958 à Wavre, ce qui permettra de couvrir pratiquement 90 pc du territoire francophone.

En 1953, on ne recense que 6500 récepteurs TV en Belgique. En 1956, on en est déjà à plus de 100000 et, en 1960, on passe la barre des 700000. La progression est fulgurante, avec en parallèle une offre de programmes de plus en plus abondante.

Dans les premiers temps, l'INR émet deux à trois soirées par semaine, avec une place importante donnée au théâtre et aux dramatiques. On faisait relâche le vendredi et pendant les vacances. Les premiers directs sportifs font leur apparition («Lundi sports» à partir de 1955, Coupe du monde de football de 1954,...). La technique fait des pas de géant. Le magnétoscope débarque en 1960. On utilise des caméras synchronisant le son et l'image.

«L'année 1958 marque les véritables débuts de la télévision en Belgique. Le panneau 'télévision expérimentale belge' disparaît de l'écran», raconte Philippe Caufriez. L'organisation de l'Exposition universelle à Bruxelles dope les activités de l'INR. L'Expo donne naissance au «Magazine de l'Expo» qui sera diffusé tous les jours pendant six mois. Il n'est plus question de jours de relâche et d'interruption pendant les vacances.

Les années 1960 marquent, pour beaucoup, l'âge d'or de la télévision belge. On exploite toutes ses potentialités, le plus souvent avec audace. On voit apparaître un véritable JT belge (60), le Jardin extraordinaire (65), le Week-end sportif (67), les arrivées en direct du Tour de France, les premiers débats politiques et soirées électorales, les grands reportages à l'étranger, etc.

La percée du privé

En 1960, la loi Harmel garantit un statut de relative autonomie à la RTB et à la BRT. Les deux chaînes ne voleront toutefois de leurs propres ailes qu'en 1977, année de la naissance de la RTBF.

Dans les années 1970 et 1980, on assiste à la fin du monopole public. La généralisation de la distribution par câble et l'avènement de la télévision en couleurs accélèrent le processus. En 1979, Télé-Luxembourg crée ses premiers décrochages belges. Quatre ans plus tard, celle qu'on appelle désormais RTL-TVI obtient l'autorisation d'un relais hertzien entre le Luxembourg et Bruxelles; en compensation, la RTBF reçoit l'accès à la publicité non commerciale. Le duopole public-privé s'organise.

Que retenir des années 1990? «Le fait le plus marquant est la mondialisation de la télévision sur le plan de la diffusion et, surtout, de la production», résume Philippe Caufriez.

Des sociétés de production privées gravitent de plus en plus autour des chaînes, privées ou publiques, avec des formats testés sur des marchés étrangers. La télévision est devenue un business comme un autre. Le service public tente de faire face...

© La Libre Belgique 2003

Pierre-François Lovens

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