Médias/Télé

Question d'époque : pas une semaine ne passe sans actualité liée au dopage. La plupart du temps traité au niveau du sport professionnel, plus rarement du côté des amateurs. Et pourtant... C'est ce dernier angle qu'a choisi "Questions à la une" dans le premier de ses deux reportages. Et il est édifiant.

Le journaliste Michaël Miraglia et le réalisateur Bernard Juncker sont allés traîner leurs caméras dans les salles de musculation pour s'attarder sur un sport peu médiatisé : le bodybuilding. Officiellement, le dopage n'y a pas cours. Les compétitions sont "clean". En tout cas, si l'on se réfère au seul contrôle effectué en Communauté française depuis trois ans. Pourtant, après deux, trois témoignages, ou tout simplement l'examen des analyses du laboratoire de la faculté de médecine de l'Université de Gand, il n'y a plus de doute. Michaël Miraglia raconte aussi cette anecdote - non exploitée dans la version finale du reportage : quand il rencontre le président international de la Wabba, l'une des nombreuses fédérations de bodybuilding, celui-ci est assez mal à l'aise avec la question. "Pour cause, le président de sa section belge venait de sortir de trois mois de prison pour trafic de produits dopants". La triche existe donc, les produits sont répandus, voire généralisés. "Je fréquentais moi-même des salles de sport, raconte Michaël Miraglia. La pratique du dopage n'y était certainement pas aussi flagrante. Mais j'entendais pas mal de choses."

Risques et sacrifices

A partir de là, le journaliste n'a pas trop de difficultés à rentrer en contact avec des sportifs "chargés". C'est même un des aspects les plus intrigants du reportage : la facilité avec laquelle ceux-ci racontent leur expérience. Milieu marginal, peut-être. Underground, certainement pas. "On a été les premiers surpris. Pourquoi laisser débarquer chez soi une équipe de télé, se confier, sortir sa "pharmacie" personnelle, remplie de produits interdits... Il a même fallu convaincre certains de masquer leur visage et de trafiquer leur voix!"

Comble d'un narcissisme exacerbé, propre au bodybuilding ? Il y a de ça, certainement, mais pas seulement. Au-delà même des risques pris, comment comprendre les sacrifices consentis pour des enjeux financiers quasi nuls? "C'est le plus surprenant. Ils sont conscients par exemple des risques pour leur santé. Plusieurs fois, nous avons dû reporter des rendez-vous parce que notre interlocuteur venait de se faire une injection de stéroïdes qu'il "digérait" mal, jusqu'à parfois penser qu'il allait y passer."

Qu'attendent alors les pouvoirs publics pour agir? "C'est la vraie question du reportage. Le but n'était vraiment pas de blâmer les sportifs. Mais à partir du moment où le dopage et ses effets sont quasi marqués sur les visages des bodybuilders, pourquoi ne commence-t-on pas la lutte par là ?". Parce que le sport ne compte que cinq cents affiliés en Belgique? "Oui et non. Dans les salles de sport, certains, sans vouloir rentrer dans la compétition, se verraient bien avec des abdominaux comme des tablettes de chocolat. Or, les produits qu'utilisent le grand baraqué au fond de la salle fonctionnent vraiment très bien, et peuvent donc être fort tentants pour ces amateurs."