Médias/Télé

Ç a, c'est l'équipe du 19h30" ! Tanguy Dumortier balaye de la main tout le plateau. "Ça, c'est celle du 6 et du 12 minutes. " Il pouffe en nous montrant un bureau occupé par la scripte. Le ton est donné. Six minutes avant le "6 minutes" : le trac ? "Non, pas vraiment" . Le cameraman en studio : "Il ne stresse jamais, Tanguy !" . "Ce n'est pas vrai" , nuance le présentateur du microjournal. "Ça dépend, en fait. Quelques fois, on est un peu "short" au niveau du temps, alors, c'est plus chaud." Une voix féminine retentit dans le studio - le même que celui du JT, d'"Au quotidien" et du "12 minutes" - et le tient au courant du timing : "Deux minutes !" . Tanguy Dumortier relit ses lancements à voix haute. On lance le générique. Un coup d'oeil à son écran de GSM. "Trente secondes, vingt, dix...". "Bienvenue dans ces informations !" , le journaliste donne le coup d'envoi de son édition. Il lit son texte sur son prompteur qu'il actionne avec une pédale, et exécute une étrange chorégraphie d'avant-bras pour se donner de la contenance. Entre les sujets, il plaisante avec la voix qu'il entend dans l'oreillette. Politique, économique, social, sport, 360 secondes plus tard, emballé, c'est pesé, le générique de fin défile sur la une à 18h36. L'homme tronc doit maintenant s'atteler à la préparation - il édite, écrit, présente - du "12 minutes" à 22h30 sur la deux. Mais avant cela, c'est l'heure de se poser, de s'avaler une salade, et d'évoquer sa jeune carrière. Gérer l'apparence

Dans les couloirs vers la cafétéria, il serre la main des uns, bisoute les autres : Tanguy Dumortier connaît tout le monde. Il fait craquer toutes les filles du paquebot Reyers, nous a-t-on dit avant l'émission. A vue de nez, on ne s'est pas trompé. Au "mess" de la RTBF, il taquine gentiment la préposée qui l'enveloppe du regard avec tendresse. "Comment je suis arrivé à la présentation du 6 et du 12 minutes ? Tout le monde sait que j'ai couché avec un chef ! (rires...). Sérieusement, j'ai déjà entendu cette rumeur !" En fait, ce romaniste titulaire d'un diplôme complémentaire en journalisme était juste au bon endroit au bon moment : il fallait renouveler le "stock de jeunes" après le départ, notamment, de Sacha Daout de la présentation. Alain Gerlache a donc tout naturellement pensé à lui, il y a deux ans, pour devenir l'un des visages des JT allégés. Il avait été engagé à la RTBF après avoir gagné la bourse René Payot en 2004, un prestigieux concours de journalisme radio destiné aux étudiants. A la clé, un paquet d'euros pour faire des stages à l'étranger. Tanguy a donc posé sa voix dans les micros de La Première, de Radio Canada et de France Inter. Une sacrée expérience. "Mon premier direct, c'était à France Inter. On me demande si j'ai déjà fait le journal. Et moi, je me dis qu'il faut bien mentir une fois dans sa vie. Alors, je dis oui. Donc, on m'a laissé présenter le journal du soir."... Expérience plus mitigée : celle du premier direct télévisé, en plateau, le 25 septembre 2007 pour le 12 minutes. "C'était superstressant. Je n'ai pas trouvé ça très marrant. Tu dois gérer le contenu, et en plus de ça, tu dois gérer ton apparence, voir si ton col ne remonte pas... et puis, c'est le seul truc dont les gens te parlent après : "T'étais mal coiffé, ta chemise était mal repassée." Si on leur demande s'ils ont retenu un sujet : "Non... ha si!, à la fin, le chien sur un skateboard !"."

Maintenant, le journaliste adore ce qu'il fait. Mais déteste se regarder. Pour évoluer, il s'inspire beaucoup de ses collègues : "François (de Brigode), c'est un fin analyste politique, Eric (Boever), c'est le côté plus mordant, Nathalie (Maleux), c'est la rigueur incarnée..." Tanguy, lui, c'est la tête bien pleine, et vraiment bien faite.