Médias/Télé Heloïse Guimin (ASBL Genres pluriels) invite à "dépasser la caricature".

La loi relative à la "transsexualité" est sur le point d’être modifiée, a annoncé mercredi un représentant du gouvernement au cours d’une table ronde consacrée au genre, à l’Université libre de Bruxelles (ULB). Le gouvernement a en effet soumis une proposition de révision à la Chambre (pour approbation ou non). L’équipe du Premier ministre Charles Michel (MR) aurait suivi - en partie - les recommandations d’Amnesty International. S’il est possible de changer de genre en Belgique, la procédure actuelle impose en effet des traitements inhumains et dégradants, contraires au droit humain international.

"Nous n’avons malheureusement reçu que des bribes de texte. Ça nous paraît aller dans le bon sens mais on reste prudents", insiste Isabelle Rorive, professeur à la Faculté de droit et à l’Institut d’études européennes de l’ULB, membre de l’European Equality Law Network et du Berkeley Comparative Anti-Discrimination Law Study Group.

"La réforme devrait aboutir pour le 20 mai, jour de la prochaine Belgian Pride", espère le représentant qui rappelle que la loi ne "changera pas tout". L’enseignement a notamment été évoqué comme particulièrement problématique. Mais les médias contribuent également à la construction de représentations tronquées du genre.

Trouver le ton juste

A l’heure où la presse, la télévision, la radio, les sites Internet (mais aussi les séries, les téléfilms, le cinéma) se saisissent de ce champ d’étude relativement neuf et particulièrement complexe, comment porter - avec justesse - le débat dans la sphère publique ?

"Le problème, c’est que les médias se focalisent souvent sur un type de personnes : les transgenres femmes, un brin bourgeoises, indique Héloïse Guimin, membre du groupe "Médias" et coresponsable des permanences de Liège et Verviers pour l’association Genres pluriels. On ne parle pas des hommes transgenres, des personnes racisées, de ceux et celles qui évoluent en centres fermés, des travailleuses et travailleurs du sexe et de ceux et celles dont les revenus sont difficiles, voire cauchemardesques. C’est beaucoup moins glamour et fantasmagorique."

La responsable explique notamment cette "glamourisation" (autre forme de domination masculine) de la transidentité par la fascination pour la "spectacularisation de la transformation". "Ça explique également la difficulté, pour les médias, de ne pas renvoyer la personne à son genre passé et de trouver une voix médiane entre la victimisation des personnes transgenres et l’excès inverse qui consiste à dire que tout va bien."

Féminité et féminisme

Une mannequin transgenre en couverture du magazine "Vogue", "c’est plus positif, c’est plus humain mais ça n’en est pas moins stéréotypé", poursuit Héloïse Guimin. "La femme transgenre est obligée d’être plus féminine que les personnes assignées femmes à la naissance, à travers des expressions complètement datées de la féminité, notion par ailleurs vivement critiquée, et que la majorité des femmes rejette aujourd’hui. Le film ‘Danish girl’ en est le parfait exemple. Il est bourré de fantasmes masculins qui s’expriment à travers une hyperféminité caricaturale."

Au film de Tom Hooper, Heloïse Guimin oppose la série "Transparent" (notre photo): "C’est une façon juste, respectueuse, humaine et non stéréotypée de parler de la transidentité. Et je pense que le fait que la réalisatrice (Jill Soloway, NdlR) soit homosexuelle et féministe n’est pas étranger au succès de sa fiction."

Quelques outils

Le Conseil de déontologie journalistique (CDJ) recevrait très peu de plaintes concernant les représentations formelles dont font l’objet les personnes transgenres dans les médias. Une réalité que nuance toutefois Louis Lucthiviste, de l’ASBL Genres pluriels. "Nous travaillons comme bénévoles. Nous n’avons pas le temps de déposer plainte pour tous les articles problématiques."

Comment, par conséquent, évoquer la pluralité du genre ? "C’est difficile, reconnaît Héloïse Guimin. Les stéréotypes sont hyperintégrés, même au niveau de la communauté. De nombreuses personnes transgenres utilisent elles-mêmes des termes psychiatriques comme la ‘dysphorie de genre’. Je pense que ça passe par une réappropriation du discours et du vocabulaire car les personnes transgenres ont systématiquement été définies par des psychiatres qui les considéraient comme des personnes malades."

La responsable évoque par ailleurs l’existence de lexiques et glossaires qui permettent de saisir l’immense diversité des parcours et les questionnements qui préoccupent (et parfois divisent) la communauté LGBTQI (lesbiennes, gays, bisexuels, trans, queer intersexué.e.s).


Les lectures de Héloïse Guimin, pour aller plus loin : les publications de l’observatoire des transidentités et les ouvrages des deux sociologues Karine Espineira et Maud-Yeuse Thomas.