Médias/Télé

On l'imagine postée devant sa télé dans un bureau où s'amoncellent les cassettes, et l'image est presque correcte... Presque parce que Claire Colart, responsable des achats de documentaires à la RTBF, manie l'art de la pile ordonnée et, ensuite, parce que son travail, loin de faire d'elle une ermite, mène chaque mois sur les sentiers du monde celle qui a «parfois l'impression de vivre entre deux valises».

Premier arrêt: Saint-Tropez

«En septembre, tous les décideurs du paysage audiovisuel français se retrouvent aux Rencontres de Saint-Tropez. C'est un moment-clé pour nous qui travaillons beaucoup avec eux: un rendez-vous très convivial et, en même temps, extrêmement important parce qu'il nous permet de bien préparer l'année.»

En octobre sonne l'heure du Mipcom (Marché international à Cannes). «Ce n'est pas le moment que je préfère: très fatigant, un peu le salon de l'alimentation de l'audiovisuel. On se fait harponner sans arrêt. De 10 à 18h, j'ai un rendez-vous toutes les 30 minutes sans compter ceux qui se greffent à l'heure des repas. On n'arrête jamais. Je disparais au bout de quatre jours car je ne tiens plus. On a vu tant de choses, tant de gens qu'il est temps de plier bagage: à ce point de saturation, on risquerait de faire des gaffes.»

En prime, chaque jour de 9 à 10h on peut la voir sur le stand de la RTBF. «C'est ma consultation, comme l'appelle Georges Jetter ( responsable des achats cinéma, NdlR). Là, ça défile; je vois très vite si c'est pour l'une de nos chaînes ou pas: format, ligne éditoriale... Parfois je redirige certains projets vers mes collègues étrangères (suisse, française, canadienne).» Elle s'interrompt: «Vous avez remarqué? Ce sont surtout des femmes qui achètent (silence) mais nous avons toutes un patron masculin. Dès qu'on monte dans la hiérarchie, les hommes reprennent le pouvoir.» A la RTBF, le «patron» en question s'appelle Daniel Brouyère, responsable des documentaires, magazines et programmes pour enfants. Mais «mon vrai chef direct reste le téléspectateur!» insiste-t-elle.

Les interlocuteurs de Claire Colart sont aussi les patrons des deux chaînes RTBF (Eric Poivre et Carine Bratzlavsky) avec qui elle a de «fréquentes discussions sur ce qui les intéresse. Notre paysage est difficile à gérer à cause de la concurrence effrénée des chaînes françaises. Il faut souvent aller très vite pour les contrecarrer. Par exemple, j'ai eu dix minutes pour me décider à prendre «Le Monde selon Bush» ( de William Karel, NdlR) et je n'ai pu prévenir Eric Poivre qu'après l'avoir engagé.» D'où l'importance de la communication au préalable...

«L'horreur du Mip... On en parle tous comme cela dans la profession. En même temps, c'est un lieu incontournable car on a l'occasion d'y voir les producteurs américains et des milliers d'exposants: un vivier passionnant. Et puis chaque année il y a ces jeunes producteurs qui s'offrent le voyage (car la participation reste élevée) avec, sous le bras, le projet de leur vie... C'est ainsi que j'ai rencontré les gens de Z Production ou de Gédéon, des grosses boîtes aujourd'hui. J'ai souvent été leur première cliente. En souvenir de ce temps-là, ils pratiquent à mon égard des prix défiant toute concurrence. Et me préviennent de leurs projets bien en amont. Gédéon travaille beaucoup avec Arte maintenant mais je suis fière que nous ayons été les premiers à leur faire confiance.»

En novembre, cap sur le «Forum d'Amsterdam», table-ronde internationale où les producteurs présentent leurs programmes. «Chacun a dix minutes pour défendre son projet, sélectionné sur dossier. Parfois je repère des films pour les sportifs ou pour Anne Hislaire (culture). C'est l'intérêt de travailler en équipe. Sinon, on n'avance pas.»

Décembre est plus paisible: «on peut visionner, s'occuper des programmes des fêtes et des changements de janvier, s'il y en a». Pendant ce temps, il faut surveiller les anniversaires et événements récurrents (Droits de l'homme, journée mondiale du sida,...) afin de proposer des angles originaux sur ces thèmes.

En janvier, le Fipa de Biarritz propose «un grand luxe: une semaine pour découvrir une foule de programmes». Même profil pour les «BBC showcases» de février. «Là, on vous fiche une paix royale. On vit en vase clos durant 4 jours à Brighton: il n'y a rien d'autre à y faire que de visionner et les productions les plus récentes de la BBC sont à votre disposition: le rêve.»

Dernier arrêt: Marseille

«Mars est plutôt calme puisqu'on prépare le Mipdoc d'avril avec les 2 jours de visionnage spécialement dévolus aux documentaires en préouverture. C'est plus dense encore qu'en octobre: on peut y mener de vraies tractations puisqu'on a vu les oeuvres avant. En avril, il y a encore Nyon, et ses Visions du réel, qui place haut la barre du documentaire.» Et en mai, l'heure est à la préparation de la grille d'été.

La grande réunion de la CTF, la Communauté des télévisions francophones (France, Suisse, Canada, Belgique) a lieu en juin. «On y parle de ce qui a fonctionné ou pas dans les différents secteurs. C'est le moment où l'on peut voir les tendances qui s'amorcent. J'y ai découvert les docu-soap et les docu-fiction.» Dans la foulée a lieu le «Sunny side» de Marseille, dernière rencontre de l'année. «Après, on peut songer aux vacances...» Enfin, en août se prépare la rentrée. «On a les grandes orientations avant, mais les dernières précisions nous parviennent fin juillet.»

© La Libre Belgique 2004