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ENTRETIEN

Magazine interculturel s'adressant aux immigrés, mais pas seulement, le trimestriel «Reflets» est unique en son genre en Communauté française. Son directeur, Ali Daddy, par ailleurs enseignant et écrivain, nous détaille le projet citoyen qui sous-tend cette initiative éditoriale originale et salutaire.

Quand et dans quelles circonstances est né «Reflets» ?

Au début des années 90 et à l'initiative de plusieurs personnes émanant d'associations travaillant sur le thème de l'immigration. L'idée de départ était de créer un média qui montrerait une image plus positive des immigrés que celle véhiculée par les médias traditionnels, où ils étaient le plus souvent dépeints sous les traits de jeunes délinquants. On voulait rappeler que s'il y a bien un problème de délinquance, il touche aussi les jeunes Belges, et que par ailleurs, celui-ci ne concerne pas la grande majorité des personnes issues de l'immigration, qui exercent une activité honorable et vivent tout à fait paisiblement.

Le sommaire du dernier numéro, où il est question du voile et de l'islam en Europe mais aussi du Népal ou d'un roman chilien, témoigne d'un changement de cap...

On a en effet voulu rapidement couper le cordon ombilical avec l'immigration au sens strict. «Reflets» n'est plus un magazine sur l'immigration comme au début mais un magazine interculturel. Et non multiculturel. Nous défendons l'idée que les communautés doivent se mélanger, partager leurs cultures, et non vivre côte à côte comme dans le modèle anglo-saxon. Cette démarche plurielle n'est pas nouvelle évidemment. Prenez la langue française, elle est truffée de mots d'origine étrangère, et notamment arabe comme café, chiffres ou sucre.

Où trouve-t-on le magazine?

Pour l'heure, il n'est vendu que par abonnement et dans quelques librairies pour une diffusion totale de 5.000 exemplaires. Nous ne sommes donc pas encore présents dans le réseau de distribution traditionnel mais nous sommes en négociation avec les AMP (Agence et messagerie de la presse, l'organe qui contrôle la diffusion de la presse, NdlR).

Qui sont vos lecteurs?

Des institutionnels comme les associations, certains élus ou des écoles (200 établissements sont abonnés). Et plus largement, toutes les personnes qui sont sensibles à cette notion de culture plurielle, qu'ils soient Belges de souche ou issus de l'immigration.

Notre objectif est aussi de toucher les jeunes défavorisés, singulièrement ceux qui n'ont pas leurs racines ici, pour les encourager à s'intéresser aux activités culturelles de tous les horizons. Des jeunes nous lisent. On est d'ailleurs souvent sollicités pour évoquer un événement ou l'autre ou pour parler d'un groupe de rap.

En faisant office de trait d'union entre la culture dominante et la culture des pays d'origine des immigrés, nous cherchons à combler un vide laissé par les médias classiques. Histoire que chacun, dans sa diversité, puisse vivre pleinement sa citoyenneté.

Comment définiriez-vous cette citoyenneté?

Une citoyenneté responsable est la manière de construire un destin commun à travers l'Etat de droit. Tout en restant attaché à ses racines d'origine pour ce qui concerne les immigrés. Les deux sont tout à fait compatibles. Les pouvoirs publics, qui sont plutôt favorables à cette idée de société interculturelle, devraient dégager davantage de moyens pour favoriser ce dialogue essentiel entre les cultures.

Pas d'ostracisme donc dans «Reflets»...

Non. On peut aussi bien parler d'un artiste flamand qui vit à Bruxelles que d'une écrivaine chilienne installée à Paris. Pour des raisons historiques et sociologiques, on parle beaucoup de l'immigration marocaine. Mais toujours dans une perspective interculturelle. Et avant tout pour la démarginaliser.

Quelles sont les sources de revenu de «Reflets» ?

Il y a le produit de la vente et de la publicité. Mais ce sont surtout les subventions de la Communauté française qui nous soutiennent. L'asbl Miroir, qui édite le titre, reçoit cette aide au titre de l'intégration sociale. Nous souhaiterions également pouvoir bénéficier des aides publiques à la presse. Car nous pensons que le sérieux et la qualité d'ensemble du magazine en font un média professionnel comme les autres.

Pour tout renseignement: 0485/758.113 ou écrire à Reflets, 61, rue Stacquet, à 1030 Bruxelles.

© La Libre Belgique 2004