Médias/Télé Jacques Perrin réalise un opéra sauvage férocement beau. "Le peuple des forêts", à partir de 22h20 sur Arte.

Plonger sa main dans la fourrure d’un ours brun. Sentir la gueule de la renarde dans le cou de son petit pour le ramener sagement au terrier. Dans l’objectif de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, le monde sauvage se touche et se respire. Il se diffuse dans la lumière des sous-bois. Il s’immobilise dans la beauté de la chouette harfang. Le Peuple des forêts H H H est adapté du film "Les Saisons" de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud. Cette série documentaire en trois volets de 43 minutes raconte l’histoire naturelle du continent européen et de sa forêt, de la fin de la dernière ère glaciaire à nos jours. Un triptyque magistralement mené et coproduit par Galatée Films, Pathé Productions, en association avec Arte et France Télévisions.

Les arbres à la conquête de l’Europe

A 22h20, le premier volet célèbre la dernière ère glaciaire qui transforma l’Europe en une terre immaculée où vivaient rennes, ours, bœufs musqués… Quand, il y a 12 000 ans, la terre se réchauffe, le niveau des océans monte et la forêt de feuillus recouvre le territoire. La vie sauvage s’y adapte alors. A 23h05, le deuxième volet filme "l’âge d’or de la forêt" peuplée d’animaux sauvages. Proies et prédateurs s’y côtoient et l’équilibre semble maintenu. A 23h50, l’ultime volet raconte la venue d’un nouveau prédateur : l’homme. Le chasseur-cueilleur disparaît au profit de l’agriculteur, obligeant le sauvage et l’humain à vivre ensemble, bien différemment.

Quand le loup dormira avec l’agneau

Qui a vu "Le peuple migrateur" et "Le peuple des océans", reconnaîtra la griffe du réalisateur Jacques Perrin, quelles que soient ses collaborations. "La particularité de notre démarche cinématographique tient au fait que nous cherchons à envisager les êtres vivants que nous filmons. ‘Envisager’ au sens littéral : donner un visage. Nous sommes à la recherche de personnages dans le monde sauvage qui nous entoure. Les positions respectives de la biologie et du cinéma pourraient donc paraître totalement irréconciliables. Et pourtant, nous travaillons en étroite collaboration avec les biologistes. Nous puisons dans leurs travaux la matière de nos scénarios et de nos films. Ils nous accompagnent sur le terrain, décortiquent nos images, utilisent nos engins. Mais surtout, la biologie vit actuellement une révolution silencieuse : grâce à des technologies de pointe, elle redécouvre les individus et, comme les artistes, les envisage à nouveau. Cette biologie renouvelée est désormais en mesure de raconter avec une précision inégalée les vies singulières des animaux sauvages. D’objets d’étude, ils deviennent sujets", explique Jacques Perrin dans "Le Peuple des forêts : L’histoire de l’Europe sauvage depuis 20 000 ans".

Ce très beau livre écrit par Stéphane Durand et paru chez Actes Sud répond aux questions que soulève le triptyque diffusé ce soir sur Arte. Il révèle les secrets du tournage. Mais surtout, il apporte les réponses scientifiques, historiques, philosophiques : celles d’Eric Baratay, historien; de Jean-Denis Vigne, archéozoologue et biologiste; de Gilbert Cochet, professeur de biologie et naturaliste; et de Philippe Descola, anthropologue. Tous nous rappellent combien nous sommes liés au monde sauvage comme nous le sommes au vivant, tout simplement.