Médias/Télé Télévision Diffusée dès juin 2009, cette série sur l’Occupation arrive à son terme : la Trois, 21h15. Entretien Caroline Gourdin Correspondante à Paris

Le scénariste Frédéric Krivine, cocréateur de la série "Un Village français" , nous livre les clefs des six derniers épisodes, diffusés sur la Trois (avant France 3, dès jeudi).

Est-ce difficile de clore une aventure d’une telle ampleur ?

Non. Je m’attache à la chance que l’on a eue de pouvoir réaliser un projet de cette envergure, qui soit engageant à tous points de vue. Et la série a déjà été vendue dans 66 pays, et va continuer à se vendre, puisque ITV s’occupe de la commercialisation. Par ailleurs, travaillant sur cette série depuis 2005, je suis heureux de me tourner à présent vers une série contemporaine. Nous avons démarré pour France 2, avec Emmanuel Daucé, le producteur principal du "Village français", une adaptation très libre de la série britannique "Cold Feet". "Une belle histoire" est une dramédie, mélange de comédie et d’émotion, autour de trois couples. Son titre est celui d’une chanson de Michel Fugain, qui clôt d’ailleurs "Un Village français".

Dans cette ultime saison d’"Un Village français", vous faites des allers et retours entre l’immédiat après-guerre et le monde contemporain…

Nous avons fait un saut dans le futur un peu artificiel. Ce sont nos personnages - qui ont vieilli - qui nous emmènent dans le passé dont ils se souviennent. Le retour dans le présent de 1945 devient un flash-back.

Il y a une dimension psychologique importante dans cette série, à la fois personnelle et collective. Et vous avez revisité l’Histoire de façon complexe, loin des positions tranchées de certains historiens.

Chez les historiens, toutes les nuances existent. En revanche, la qualité première d’"Un Village français" est la durée, qui nous a permis tous les glissements, de nuancer les engagements et les partis pris des personnages, la façon dont ils ont évolué, les rapports entre les névroses personnelles et les engagements politiques. In fine, nous avons pu dresser un portrait intéressant de la condition humaine.

Et aussi de cette société qui a été confrontée au traumatisme de la guerre, toujours à l’œuvre des décennies plus tard…

Oui. Le titre du premier épisode, "Prisonniers de guerre", où l’on parle très peu des prisonniers de guerre allemands, fait référence aux personnages qui sont encore prisonniers de la guerre en 2003. Lorsque Te Quiero vient voir son père adoptif, Gérard Larcher (l’ex-maire de Villeneuve), trente ans après, il lui demande des comptes sur un axe moral, et son père n’arrive pas à lui expliquer qu’il faut penser autrement. Te Quiero n’a pas vu la série et n’a pas vécu cette époque ! Il représente la candeur de ceux qui ne savent pas penser autrement qu’avec les critères relativement superficiels du bien et du mal concernant la Collaboration.

Cette dernière saison a-t-elle été plus compliquée à écrire ?

Non. C’est une série chorale multi-temporelle, construite comme une série habituelle avec plusieurs points de vue et une avancée dramatique sur chaque histoire. Sauf qu’on est sur plusieurs époques, et je n’ai pas l’impression qu’on s’y perde. Cela permet au contraire des résonances entre des événements situés à des moments différents de l’histoire, et cela produit quelque chose d’assez ésotérique. Je vois cette dernière saison comme un bouquet final.

Des historiens affirment qu’ils ont été convertis à la version de l’Histoire proposée par la série. C’est flatteur ?

C’est surtout flatteur pour Jean-Pierre Azéma, le consultant historique que j’ai choisi pour son point de vue nuancé sur l’Occupation. Il a eu un impact décisif, pas tellement sur la dramaturgie, mais bien sur le choix du Jura, de certains métiers, de certaines situations… Sur les versions dialoguées, il corrigeait des points de détails historiques.

Il s’agissait d’éviter par exemple les anachronismes ?

On en fait toujours dans les séries historiques, parce qu’on s’adresse à un public de 2018, en particulier sur les dialogues, les accents. On privilégie la clarté d’une réplique même si l’expression employée est apparue dans les années 50. Par ailleurs, les gens de 40 étaient beaucoup plus pudiques et réservés dans l’expression de leurs sentiments que ceux de 2017. Mais on ne fait pas un documentaire. On a un peu triché. Il ne faut pas que les gens soient gênés dans leur plaisir. C’est la base de la télé.