Médias/Télé

RENCONTRE

Il y a un an et demi, Thomas Van Hamme reprenait la présentation d'un «Ecran témoin» à la dérive. Pour lui donner un nouveau souffle et redresser la barre des audiences.

Pourquoi avoir mis à mort aujourd'hui ce monument trentenaire de la RTBF?

Je ne veux pas passer pour le fossoyeur de cette émission! Mais est-ce encore nécessaire dans une télévision moderne de lier à tout prix le film au débat? Ce concept date des «Dossiers de l'écran». L'idée est d'orienter l'émission vers un débat de société qui ne serait plus nécessairement la suite d'un film, surtout que contrairement à ce qu'on pense, nous ne choisissions pas nos films en fonction des sujets. Il y a donc eu une réflexion avec la nouvelle direction. La politique actuelle est d'aller de l'avant, de montrer quelque chose de neuf. Donc, on s'est dit, changeons de formule, de titre, de décor, pour repartir sur du nouveau, avec du reportage, complètement différent.

Une étude interne avait pourtant montré que la formule débat + film avait les faveurs du public. Vous ne craignez pas une certaine désaffection?

Non, parce qu'on s'est aussi rendu compte que beaucoup de gens qui regardaient le film ne suivaient pas forcément le débat et inversément. Le lien n'était pas toujours suffisamment évident. Je crois que les gens ne seront pas trop surpris parce qu'ils garderont une case débat de société, avec de bonnes locomotives films.

Est-ce qu'on peut encore véritablement parler de «débat» ou est-on passé à l'ère de la «palabre», où les échanges sont parfois dénués d'enjeux, au profit des seuls témoignages?

De la palabre, je ne sais pas, mais je dirais de discussions où on part d'un thème en essayant d'en comprendre les tenants et aboutissants. Parfois, ça mène au débat.

Le thème de l'émission de lundi (Chasteté: pas de sexe avant le mariage), sinon futile, est pour le moins... léger. C'est la voie suivie par «Chacun son histoire» ?

C'est vrai qu'on commence avec un sujet qu'on peut estimer plus léger, mais que personnellement je ne trouve pas futile. Au fur et à mesure de la saison, on va avancer vers des sujets plus proches de ce que faisait «L'Ecran témoin». Il faut être conscient que c'est la même équipe, le sérieux des «recherchistes» de l'Ecran témoin qui est à l'oeuvre. Si des sujets peuvent paraître futiles, il y a aussi une façon de le traiter. Comme les «lolitas», sujet d'une prochaine émission. C'est un vrai phénomène qui pose question aux parents. On ne va pas faire du «C'est mon choix». Le principe de l'émission c'est ça: on part d'une histoire pour aborder des thèmes de société. C'était déjà le cas avec «Génies en herbe». Sans se prendre la tête, avec le sourire, on peut faire dire des choses intéressantes aux gens. C'est une émission de service public, un débat avec du fond. J'y tenais absolument.

Vous parlez de «Génies en herbe». Malgré vos nouvelles responsabilités éditoriales sur «Chacun son histoire», vous en poursuivrez l'animation?

Comme auparavant, la question s'est posée, d'autant plus que le jeu interscolaire vit sa dernière saison. Un nouveau concept est en préparation. Comme il n'y en a plus que pour une saison, ça ne servait pas à grand-chose de lancer quelqu'un d'autre dans la bataille. Même requis par «Chacun son histoire», je serai d'attaque pour cette dernière année.

Journaliste-animateur, vous n'avez pas d'ambition d'aller davantage dans le domaine de l'information?

Non, et d'abord parce que c'est très scindé à la RTBF et parce que j'ai ce côté souriant, cette envie de m'amuser. Je me sentirais trop tenu dans l'information pure. J'ai une liberté de ton avec le mix journaliste-animateur qui me convient bien. Mais dans l'avenir, j'aimerais me concentrer sur des émissions style talk-show.

Toujours avec Thierry Ardisson pour modèle?

Ça m'agace qu'on établisse toujours des comparaisons. C'est comme si on comparait toujours Fabienne Vandemeersche à Claire Chazal. J'essaie d'imposer ma personnalité.

© La Libre Belgique 2003