Médias/Télé Correspondante à Paris

Fragile. Joyeuse. Instinctive. Fantasque. Généreuse. Sensible. Sylvie est une enfant exilée au pays des adultes. Mère au foyer, elle vit dans un cocon douillet, entretient une relation fusionnelle avec ses deux enfants. Mais le jour, lorsqu'ils sont à l'école, lorsque son mari (interprété par Marc Citti) s'en va conduire le bus scolaire, elle se retrouve seule, face au vide. Un jour, elle fait la rencontre de Jallal, un clandestin kurde ayant fui les persécutions de son pays, qui rêve de rejoindre l'Angleterre. Et elle découvre un autre monde. Celui de centaines d'hommes et de femmes venus à Calais après la fermeture du centre d'hébergement de Sangatte en 2002, et celui des bénévoles, au bord de l'illégalité pour aider ces démunis. Sylvie n'est pas une femme comme les autres. Elle semble décalée, dans son monde. Et soudain, en découvrant le don d'elle-même, elle va trouver sa place dans la société, trouver un sens à son existence.

"Elle a peur de la violence du monde, et elle est la première à aller s'y confronter, jusqu'à se mettre hors la loi", commente Jean-Pierre Améris, qui a imaginé ce personnage de conte de fée réaliste, vêtue d'un manteau rouge. Isabelle Carré, au naturel dans ce rôle lumineux, donne aussi son analyse : "Sylvie est toujours au bord. Bien que sa famille soit quelque chose de joyeux, elle cherche toujours sa place, et là, elle va se trouver à égalité avec des gens qui n'ont pas non plus leur place dans la société".

Un scénario à quatre mains

Conçu au départ pour le cinéma, ce film humaniste sans être militant a finalement trouvé sa juste place à la télévision. "Au départ, j'étais plutôt parti sur une chronique de maman au foyer dans une ville de province, dont la vie n'est pas aussi magique qu'espérée. J'avais pensé que la télé ne le prendrait pas, après mes films sur les mourants, les femmes battues ou la prison. Et finalement, l'inverse s'est produit. J'ai dû couper une vingtaine de scènes, supprimer le côté chronique, et cela a donné un film plus dense, plus énergique."

De son côté, le romancier Olivier Adam, dont Jean-Pierre Améris a déjà adapté le roman "Poids léger" au cinéma, a écrit une longue nouvelle à partir de cette histoire de femme au foyer, esquisse d'un roman, "A l'abri de rien", récemment en lice pour le Goncourt. "Je me suis approprié le texte, j'y ai intégré des choses vues à Calais, mais mes désespoirs sont différents de ceux d'Olivier. Il est plus rageur, plus sombre", explique le réalisateur, qui a passé beaucoup de temps avec les bénévoles de Calais, a servi des repas, distribué des couvertures.

D'ailleurs, de la même manière qu'il a fait jouer des malades dans "C'est la vie", Jean-Pierre Améris a introduit dans "Maman est folle" près de 150 réfugiés régularisés, ayant vécu une situation similaire aux personnages de son histoire, trois ou quatre ans plus tôt. Il a également eu recours aux services de vrais bénévoles, heureux d'avoir la parole ailleurs que dans un documentaire ou un reportage. Pour s'imprégner de la situation, Isabelle Carré a passé deux jours à leurs côtés. Toute cette approche donne à la fois une saveur très réaliste au film, tout en conservant une dimension poétique, ce qui enlève toute tentation de moralisme. "On a le sentiment que rien n'est appuyé, le montage est fin", insiste Isabelle Carré, qui a reçu le prix d'interprétation féminine pour ce rôle au dernier Festival de télévision de La Rochelle. "Maman est folle" a également reçu le Grand Prix du festival, le prix du meilleur scénario et de la meilleure fiction "coup de coeur des jeunes".