Médias/Télé

La RTBF a fait la paix avec Tintin. Enfin, plutôt avec la société qui gère les droits de l'œuvre d'Hergé, Moulinsart SA. En froid (c'est un euphémisme) après un reportage de "Questions à la Une" - par ailleurs finalement expurgé des passages polémiques lors de sa diffusion - qui égratignait l'image des tuteurs de Tintin, les deux parties avaient annoncé en mai dernier qu'elles ne s'en voulaient plus et qu'elles allaient mettre sur pied des projets communs. Cette Belgodyssée 2008, quatrième du nom, en est un premier exemple. Ce concours ouvert aux étudiants de dernière année en journalisme utilise depuis des années l'appellation "Tintin reporters" pour désigner ses candidats. Mais cette fois, il va plus loin dans ses correspondances avec le rouquin à la houppe. D'abord, l'image du journaliste du "Petit Vingtième" orne la communication de la "compétition". Ensuite, cette dernière emmènera les concurrents à la découverte de régions traversées par Tintin ou qui ont inspiré Hergé. L'Ecosse pour "L'île noire", la Bretagne pour "Les sept boules de cristal"... "Et Tintin sait parfaitement bien que son seul concurrent en matière de popularité, c'est Adrien Joveneau", lance Alain De Kuyssche, de Moulinsart. Pas faux : Joveneau, animateur tout-terrain à la RTBF partage avec Tintin l'aura sympathique, l'allure juvénile et un incroyable enthousiasme. C'est lui qui a initié la Belgodyssée, produit dérivé de ses ancêtres Afro, Euro et Francodyssée.Bilingues

La première édition du concours a eu lieu en 2005, pour célébrer les 175 ans de la Belgique. Principe : un tandem d'apprentis-journalistes - un Francophone, un Flamand - parrainé par un "people" part à la découverte d'une région autour d'un thème, et ramène du périple une série de reportages. "Les médias influencent de manière considérable la formation d'idées et d'images sur l'autre communauté ", souligne Guido Knops, directeur du Fonds Prince Philippe, qui organise l'aventure avec Vivacité et Radio 2 pour la Flandre. La Belgodyssée n'est donc pas qu'une lutte de petits génies pour la gloire journalistique, mais aussi une occasion de travailler en duo, au-delà des différences. Tous les Tintins reporters de l'édition 2008 sont d'ailleurs bilingues ou presque, c'était un critère de sélection. "Il fallait au moins témoigner de l'intérêt pour la langue de l'autre", nuance Adrien Joveneau.

Le casting final a eu lieu jeudi dernier. Ce sont donc des jeunes très excités qu'on pouvait rencontrer mardi lors de la présentation du concours à la presse. "Pour le casting, j'avais mis au point une petite mise en scène dans laquelle je jouais le capitaine Haddock, Nestor, mon propre rôle..." explique Laurent, 26 ans, de l'UCL. "Haddock y cherchait un nouveau membre d'équipage ! Et tombait sur ma candidature..." Forcément, avec une présentation aussi originale, il était difficile pour le jury de ne pas enrôler le jeune homme. Un participant ultra-motivé : il a laissé tomber le barreau pour reprendre des études en journalisme. Les 15 autres ne sont pas en reste : l'une cumule son cursus avec une carrière théâtrale, un autre aligne les expériences radio...

Dès ce jeudi, ils partent arpenter l'univers de Tintin et reviendront chacun avec un reportage télé (qui sera diffusé dans "C'est du belge" sur La une et dans "Vlaanderen Vakantieland" sur la Een), des séquences radio (le samedi dans "Grandeur nature" sur Vivacité - à déterminer, sur Radio 2) et des articles de presse écrite (à lire dans le "Télékila" le samedi, et au nord dans "De Zondag"). Une multitude de prix viendront récompenser leurs efforts. Le plus prestigieux d'entre eux : un stage rémunéré de six mois à la RTBF ou la VRT.