Une poussive féminisation médiatique

P.-J.D. (st.) Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé

Si les médias devaient être un reflet de notre société, celle-ci serait à coup sûr blanche et masculine. Derrière ce constat, une étude menée par le Global Media Monitoring Project (GMMP) et un collectif constitué d’universitaires, de spécialistes des médias vise à quantifier les genres dans l’information quotidienne ; le tout sur un panel de 108 pays. Une actualité tant nationale que globalisée, où les Hakima Darhmouch, Hillary Clinton et Joëlle Milquet apparaissent comme isolées au cœur d’un milieu dominé par les hommes.

En partant d’une date témoin, le 10 novembre 2009, journée coïncidant en Belgique avec les 20 ans de la chute du mur de Berlin, la future nomination d’Herman Van Rompuy à la tête du Conseil de l’Union européenne ou encore la découverte du corps du petit Younes, le GMMP a décortiqué le contenu de neuf médias belges francophones. De la presse écrite à la télévision en passant par la radio, les productions journalistiques du jour ont été détaillées pour savoir quelle place occupaient les femmes dans le paysage journalistique. Ce à travers 142 articles, 195 journalistes et 331 personnes citées. Si des données chiffrées étaient déjà disponibles en Flandres depuis 1995, c’est la première fois qu’une telle "gender study" est réalisée en Communauté française.

Dans les faits, 30 % des journalistes sont des femmes et 35 % des articles, reportages rédigés ou présentés sont le fruit du travail de professionnelles de l’information (contre 23 % en Flandre et 37 % dans le reste du monde). Plus grave, seulement 28 % des informations lues, vues et entendues consacrent des femmes comme sujets d’actualité (contre 23 % au Nord du pays et 24 % sur la scène mondiale). Ces données sont à mettre en parallèle avec la large majorité d’étudiantes qui sortent des écoles de journalisme et qui, plus tard sortent étrangement du milieu vers 35 ans, mais également avec la proportion de 51 % de femmes en Belgique.

Du point de vue de la représentation de la femme en tant que sujet d’information, il y a là encore beaucoup à redire. Trois quarts des experts interrogés sont des hommes, tandis que 70 % des témoins oculaires, sortes d’objets de décor de l’information, sont féminins. Une tendance qui, exception faite des portraits de stars et autres sujets stéréotypés, ne fléchit pas. La Belgique n’est pas un cas isolé ; ainsi en France, une récente étude du CSA a démontré que le temps de parole moyen des hommes est supérieur de 3 secondes à celui des femmes.

Muriel Honot, directrice des études du CSA, entend surfer sur ces chiffres pour entamer "une vraie campagne de sensibilisation tant au niveau du public que des rédactions et des étudiants, qui constituent le futur de la profession". Sous-représentées sur le plan quantitatif et mal représentées qualitativement, les femmes sont, c’est une certitude, encore très loin des idéaux de parité des pays nordiques.

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