Vincent Bolloré, le magnat à la poigne de fer qui agite l'audiovisuel en France

Ménage à l'américaine, accusations de censure: à la tête d'un empire qui va des médias à l'automobile, l'industriel Vincent Bolloré concentre sur lui critiques et interrogations en France, depuis sa reprise en main musclée du groupe de télévision Canal+.

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Vincent Bolloré, le magnat à la poigne de fer qui agite l'audiovisuel en France
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Ménage à l'américaine, accusations de censure: à la tête d'un empire qui va des médias à l'automobile, l'industriel Vincent Bolloré concentre sur lui critiques et interrogations en France, depuis sa reprise en main musclée du groupe de télévision Canal+.

Auditionné jeudi par le Conseil supérieur français de l'audiovisuel (CSA), le magnat à la poigne de fer s'est engagé, selon cette instance de régulation du secteur, à "créer un comité d'éthique" chargé de "garantir l'indépendance éditoriale" au sein de Canal+.

Le CSA lui-même va "examiner l'ensemble des conséquences" du grand ménage engagé dans le groupe, dont l'homme d'affaires a pris officiellement les rênes début septembre, un peu plus d'un an après s'être imposé à la tête de sa maison mère Vivendi.

Mercredi, un collectif de plusieurs dizaines de journalistes, sous l'égide de l'organisation Reporters sans Frontières (RSF), avait appelé le CSA à défendre "le principe d'indépendance des médias (...) piétiné par Vincent Bolloré".

Brushing impeccable, teint hâlé, l'industriel touche-à-tout, âgé de 63 ans et originaire de Bretagne est un personnage incontournable du capitalisme français depuis une trentaine d'années, qui n'a pas failli à sa réputation de manager brutal pour imposer sa marque et ses hommes à Canal+.

Au cours de l'été, le président du groupe, son numéro deux et les dirigeants des chaînes satellites D8, D17 et I-Télé ont pris la porte entre juillet et début septembre. Exit aussi Antoine de Caunes, présentateur du Grand Journal, l'émission vedette de Canal+.

Symbole de l'image irrévérencieuse de la chaîne, le programme satirique culte des Guignols de l'Info, à qui Vincent Bolloré reprochait un "abus de dérision", n'a dû sa survie qu'au tollé déclenché dans l'opinion et la classe politique par la menace de sa disparition. Mais il a été relégué dans les programmes cryptés.

Le limogeage le plus radical a visé les deux dirigeantes d'I-Télé, la chaîne d'infos du groupe, suscitant l'inquiétude de la rédaction après la nomination à sa tête d'un responsable sans expérience dans la télévision en continu, catholique traditionaliste réputé proche de l'extrême droite.

Autre controverse: la déprogrammation en mai par Canal+ d'une enquête d'investigation sur des soupçons d'évasion fiscale pesant sur la banque Crédit Mutuel, partenaire de Vivendi, a valu à Vincent Bolloré moultes accusations de censure.

La main-mise du magnat sur Canal+ résume bien son parcours de "raider" aux investissements calculés: c'est la vente en 2012 à Canal+ des petites chaînes D8 et D17 (à l'époque DirectStar) qui, rémunérée en actions Vivendi, a fait de lui l'actionnaire numéro un (15%) du groupe maison mère, dont il prend les clés en juin 2014.

"Sous ses airs de bon fils de famille bien élevé, Bolloré est le plus grand prédateur de la place de Paris", assurait fin 2013 au journal Le Monde un banquier d'affaires.

"Plutôt que celle d'un gros mollasson endormi, vaut mieux avoir la réputation d'un type terrible, parce qu'on vous fout la paix", rétorqua peu après l'homme d'affaires dans le quotidien régional Ouest-France.

Né le 1er avril 1952 dans une famille d'industriels, Vincent Bolloré a débuté sa carrière dans la finance avant de reprendre en 1981 la papeterie familiale OCB, spécialisée dans le papier bible et le papier à cigarettes.

D'une entreprise en perdition qu'il redresse, diversifie et rebaptise à son nom, il va bâtir en trois décennies un empire aux activités multiples (médias, publicité, transports, logistique, agriculture, énergie) employant 55.000 personnes dans plus de 150 pays pour un chiffre d'affaires dépassant 10 milliards d'euros.

Il est particulièrement bien implanté en Afrique, où il possède des plantations d'hévéas, est le numéro un de la logistique et contrôle notamment les ports d'Abidjan ou Conakry.

A Paris, ses petites voitures électriques Autolib' arpentent les rues. Un succès qu'il exporte dans d'autres villes européennes et jusqu'à Indianapolis (Etats-Unis).

Fréquemment ciblé pour ses connexions avec les décideurs politiques, Vincent Bolloré sait ménager ses liens à droite, avec l'ancien président Nicolas Sarkozy à qui il avait prêté son yacht après son élection en 2007, comme à gauche, avec la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo, en faveur de laquelle il avait appelé à voter aux municipales de 2014.

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